Camus : cinquante ans de fraternité, par Philippe Malidor

Camus : cinquante ans de fraternité

J’avais 3 ans lorsque Camus est mort dans cet accident de voiture si brutal qui l’a soustrait à ce monde.
Soustrait ? Vraiment ? Depuis la classe de première, avec L’Étranger, Camus n’a cessé de m’accompagner, comme il ne cesse d’accompagner notre époque. Élevé dans une famille catholique, j’abordais à ce moment-là une période de foi vacillante, de doute cartésien ; elle allait aboutir, alors que j’avais 20 ans, à ce que j’appelle une rencontre avec Dieu qui allait changer ma vie et me conduire vers le protestantisme. En moi, Camus allait traverser ces bouleversements, intact. Ma première série d’émissions de radio pour les Groupes Bibliques Universitaires portera sur Camus et l’Ecclésiaste. Camus est mon Ecclésiaste du XXe siècle, celui qui ne triche pas avec l’absurdité d’un monde où nous sommes tous des condamnés à mort. Moi, je crois qu’il y a Quelqu’un qui nous attend de l’autre côté, et pourtant, comme Paul Viallaneix, mon regretté frère en protestantisme, je n’ai jamais pu ne pas ressentir Camus comme un frère. Lui aussi. Lui quand même.
En 2016, comme j’avais interviewé Catherine Camus – par téléphone – pour Réforme à l’occasion du centenaire de la naissance de son père, j’eus le culot insensé de proposer de lui rendre visite lors d’un passage en Provence avec ma famille. Contre toute attente, elle se souvenait de moi, et elle allait nous recevoir dans la maison de Lourmarin avec une gentillesse que nous n’avons jamais oubliée. Aujourd’hui, elle est le lien direct, par-delà ce funeste 4 janvier 1960, que ma femme, nos enfants (dont notre fils, né un 7 novembre…) et moi avons avec Camus. Rare, surréaliste et pourtant si simple privilège. Si symbolique du fait que Camus n’est pas un être inaccessible grâce à sa fille qui en cela lui ressemble.
Tout ce que je dis là est très superficiel, faute de place. J’ai pu exprimer en quoi Camus me parlait et parlait à notre temps dans divers articles, au travers de plusieurs interviews, et même au travers d’un livre récemment paru – ce n’est pas ici le lieu d’en dire plus à ce sujet.
Je continue de lire Camus, de lire sur Camus, d’écrire au sujet de Camus. Je ne l’idolâtre pas parce que lui-même ne s’idolâtrait pas. En ces temps de tricherie généralisée, il reste un homme honnête, conscient de ses « erreurs et de ses fautes », comme il osa le confesser si courageusement. C’est peut-être la dimension du personnage qui me touche le plus. J’ai toujours envie de dire merci en le lisant…

Bourges, Philippe MALIDOR

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