« Albert Camus ou le refus du meurtre », Alternatives non-violentes, dossiers, recherches, confrontations, n° 167, juin 2013

« Albert Camus ou le refus du meurtre », Alternatives non-violentes, dossiers, recherches, confrontations, n° 167, juin 2013.

Après Jaurès (n° 140) et Tolstoï (n° 153), cette revue consacre le dossier de son numéro récent à Albert Camus. L’éditorial de François Vaillant, rédacteur en chef, donne immédiatement le ton : « Albert Camus n’est pas un auteur ayant étudié et compris la non-violence, mais les adeptes de la non-violence trouvent chez lui une formidable matière à réflexion, notamment celle qui concerne le refus de légitimer comme de justifier le meurtre. » C’est dire que le dossier présenté est empreint d’une grande sympathie pour l’auteur étudié.
José Lenzini commence par rappeler les données biographiques de la mort du père de l’écrivain au début de la guerre de 1914 et le souvenir de celle-ci dans la lecture, en classe, par son instituteur du livre de Dorgelès Les Croix de bois. Puis Jean-Pierre Dacheux trace le triangle de trois villes : Éragny-sur-Oise (non loin de Cergy-Pontoise) qui a recueilli le monument aux morts de la ville natale de Camus, et les deux villes qui portent le nom de Mondovi, celle d’Algérie et celle d’Italie, où eut lieu récemment un colloque Camus. En illustration figure une excellente reproduction de l’acte de naissance d’Albert Camus qui permet de prendre connaissance de (presque) toutes les annotations portées (notamment la reconnaissance officielle comme pupille de la nation en 1920).
Yahia Belaskri retrace à grands traits la réception de Camus en Algérie, relevant pertinemment que son retour « sur la scène médiatique et littéraire » a coïncidé avec les années où « éclate la guerre civile algérienne (1992-2000) ». Il note que l’apaisement fut de courte durée, marqué par l’arrêt en 2010 de la caravane Albert Camus et que « pour certains en Algérie, le refus de Camus est devenu un réflexe ». Le retour de Camus en Algérie reste à « concrétiser ».
Dans un texte un peu embrouillé, Jean-Marie Muller, à partir d’une étude de la révolte et du meurtre s’appuyant principalement sur L’Homme révolté, entend dégager le « rapport contrarié » de Camus avec la non-violence. Il souligne que Camus rejette la non-violence absolue, telle qu’incarnée par exemple par Gandhi, et relève ce qu’on pourrait appeler des traces d’une sympathie pour les mouvements non-violents, se demandant en conclusion si Camus n’aurait pas basculé dans cette position. Au travers des trois expériences dans le journalisme (Alger Républicain, Combat et L’Express), Denise Brahimi note la permanence de Camus à dénoncer la violence et l’horreur du sang versé. C’est là une des gloires de bien faire son métier de journaliste. Jean-François Mattéi rappelle que cette question de la nécessité et de la justification de la violence est précisément ce qui fait l’arrière-fond « idéologique » de la querelle Sartre-Camus. Le théâtre de Camus est abordé à travers l’honnête présentation des Justes faite par Guillaume Gamblin et à travers l’étude fouillée de L’État de siège (pièce injustement méconnue, se passant dans une Espagne soumise à l’oppression), que nous donne Hélène Rufat. Dans le dernier article du dossier, Guy Dugas tisse les liens entre la mort, le meurtre et le suicide pour faire ressortir quelques considérations éthiques de Camus qui, s’il en était besoin, justifient la permanence de son combat contre les exécutions capitales.
Bref, voilà un dossier honnête et facile à lire qui peut servir d’introduction et souligner la pertinence des thématiques de Camus dont certains contemporains, tel Abd al Malik, comme le rappelle Jourdain de Troie, peuvent se saisir pour le rendre actuel.

Guy BASSET

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