Compte-rendu du colloque « Autour de « L’Étranger » de Camus et de ses traductions : approches linguistiques des questions de temps, d’aspect, de modalité, et d’évidentialité » et bibliographie associée par Guy Basset.

Compte-rendu du colloque « Autour de L’Étranger de Camus et de ses traductions : approches linguistiques des questions de temps, d’aspect, de modalité, et d’évidentialité ».

Les 16 et 17 novembre derniers un peu plus d’une trentaine d’intervenants de formation principalement linguistique se sont réunis à Paris dans les locaux de Paris 3 Sorbonne nouvelle et de l’Inalco. L’enjeu était de mesurer les impacts sur la traduction dans une langue étrangère de la structure narrative et temporelle très particulière de L’Étranger. L’emploi fréquent du passé composé et sa coexistence avec l’imparfait pour raconter un récit ne manquent pas de poser des problèmes dans des langues où le passé ne s’exprime pas avec des formes verbales identiques à celles du français. De plus, les choix que font les différents traducteurs dans la même langue sont bien souvent différents. Les intervenants se sont efforcés à partir d’exemples précis, tirés du roman, de mettre en relief les options linguistiques prises au moment des traductions en fonction de la structure linguistique de la langue même. Il était de ce fait important que de très nombreuses langues soient prises en compte dans cette analyse, renforçant aussi le côté international de la réception de l’œuvre de Camus. Chinois, japonais, coréen, vietnamien, russe, suédois, allemand, italien, anglais, américain, arabe et même le créole haïtien… ont fait l’objet de communications. Certaines interventions se déroulaient en simultané obligeant les participants au colloque à des choix. La technicité des communications rend difficile de rendre compte avec précision de leurs contenus. Je suis moi-même intervenu sur le mouvement des traductions publiées du vivant d’Albert Camus et sur les deux traductions qu’il avait lui-même réalisées : La Dernière Fleur de James Thurber et les deux poèmes catalans de Maragall.

Cinq conférences plénières venaient ponctuer le début et la fin de journée des séances. Pour ouvrir le colloque, Henriette de Smart de l’Université d’Utrecht (Pays-Bas) a notamment rappelé qu’il y avait 302 phrases au passé composé dans le roman, dont 179 dans le premier chapitre, et que l’imparfait était aussi très souvent employé. Elle a ainsi dressé une cartographie de la structure temporelle dans L’Étranger. Laurent Gosselin (Université de Rouen) a traité des « éléments de temps, aspect, modalité dans le dispositif représentationnel de l’absurde ». Sandra Smith de l’université de Columbia et de New York est revenue sur les options qu’elle avait prises dans sa récente nouvelle traduction de L’Étranger en anglais. Alice Kaplan dont le récent livre faisait référence importante était bien placée pour revenir sur le titre des traductions anglaises/américaines : Outsider ou Stranger ? Le titre de la dernière conférence de clôture faite par Jacques Brès (Université de Montpellier) en donnait le ton : « Pousse-toi que je m’y mette : de la concurrence Passé Simple / Passé Composé ».

Une confrontation plus systématique avec d’autres disciplines (sémiologie, stylistique, littérature et philosophie..) aurait pu donner plus d’ampleur et de résonance à ce colloque. Elle aurait aussi permis de prendre en compte les différentes strates d’interprétation du roman depuis sa création et la nécessité de toujours remettre en chantier de nouvelles traductions.

Trois enseignants dans des structures universitaires françaises différentes composaient le comité scientifique veillant au bon et convivial déroulement du colloque : Eric Corre (Paris 3 Sorbonne Nouvelle), Danh Thânh Do-Hurinville (Université de Franche-Comté) et Huy Linh Dao (INALCO). Des intervenants provenaient aussi de plusieurs autres universités françaises (ENS, Rouen, Nancy Lorraine, Montpellier, Poitiers, Orléans) et de nombreux pays étaient représentés.

Le principal intérêt de ce colloque, pour un non-linguiste et/ou pour quelqu’un qui ne connaissait pas la langue dans laquelle Camus est traduit, était de renvoyer constamment au roman lui-même non pas tant dans la narration de l’histoire ni même dans le style ou l’expression, mais plutôt dans une lecture lente, attentive à toute la saveur de la langue. Il faisait mesurer aussi combien la réception de l’œuvre de Camus pouvait dépendre tant des options de traductions que du pays même où il était lu. Il avait été rappelé par Éric Corre en début de colloque que le Dictionnaire Albert Camus avait répertorié en 2009 l’existence de 60 traductions de L’Étranger : la diversité de ce bel ensemble, autant que les études critiques consacrées au roman, doit aussi aider à la lecture de l’œuvre dans sa langue originelle.

Souhaitons que cette initiative ait des suites et que des travaux de même nature se développent sur d’autres œuvres de Camus.

Guy BASSET
colloqueParis3traductionbibliographie

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