Partager:
  • Facebook
  • Twitter
  • email
  • LinkedIn
  • MySpace
  • del.icio.us
  • Google Bookmarks

Dans le cadre d’une semaine « Coup de cœur » de la petite salle des pentes de la Croix-Rousse, reprise par l’Espace 44 de deux spectacles montés pour fêter le centenaire d’Albert Camus.

L’Étranger

Ce roman d’Albert Camus, paru en 1942, fait entendre la voix d’un jeune homme, Meursault. Assassin malgré lui, meurtrier par hasard. Il se confesse, explique le concours de circonstances qui l’a amené à tuer. Benjamin Ziziemsky s’empare de ce texte captivant, écrit avec une précision éblouissante. Sur une scène vide et noire, à l’exception d’une cuvette et d’un pot d’eau pour se rafraîchir le visage, il incarne ce héros au plus près de ses sensations, de ses émotions, aussi bien dans sa cellule face à lui-même et ses souvenirs, que face au juge chargé d’instruire son procès.

Le 24 février à 21 h, le 25 à 19 h 15, le 26 à 21 h et le 28 à 19 h 15

La Chute

Autre roman, autre monologue transposé théâtralement, La Chute est interprétée avec brio par Jean-Claude Galéra. L’histoire d’un homme qui a passé sa vie dans la duplicité. Un avocat, défenseur de la veuve et de l’orphelin et de tous les accusés qui lui permettaient d’échafauder de belles plaidoiries et de se donner bonne conscience. On vibre à l’écoute de son ultime plaidoirie, emportée par la langue d’Albert Camus parfaitement ciselée.

Le 24 février à 19 h 15, le 25 à 21 h, le 27 à 19 h 15 et le 1er mars à 17 h.

Espace 44, rue Burdeau, Lyon 1er. 04 78 39 79 71. www.espace44.com

Partager:
  • Facebook
  • Twitter
  • email
  • LinkedIn
  • MySpace
  • del.icio.us
  • Google Bookmarks

Les Actes du Colloque de Cerisy « Camus, l’artiste » qui s’est tenu à Cerisy en août 2013 sous la direction de Sophie Bastien, Anne Prouteau et Agnès Spiquel, viennent d’être publiés.

« Albert Camus se définissait comme artiste plus que comme écrivain… C’est ce rapport de Camus à l’art que [les organisatrices et les contributeurs de l’ouvrage ont] voulu explorer : à son art, aux artistes, à d’autres arts en particulier, à l’art en général » (extrait de la p.4 de couverture).

Le sommaire de l’ouvrage est le suivant :
- Être artiste
- Admirer
- Être fidèle à la beauté
- « Donner une forme »
- Répondre à l’impératif éthique

Il fera l’objet d’un compte-rendu détaillé dans une prochaine revue de la Société des Études Camusiennes

Pour vous le procurer, vous pouvez utiliser le bon de commande à partir du lien suivant :

Camuslartiste_commande

Partager:
  • Facebook
  • Twitter
  • email
  • LinkedIn
  • MySpace
  • del.icio.us
  • Google Bookmarks

Antibes, du 16 au 19 février 2015

La Postérité du Soleil
Texte d’Albert Camus et de René Char en regard des photos d’Henriette Grindat

Conception & Réalisation :
Bruno Raffaelli (sociètaire de la Comédie Française) et Jean-Paul Schintu

Théâtre Anthéa d’Antibes

Partager:
  • Facebook
  • Twitter
  • email
  • LinkedIn
  • MySpace
  • del.icio.us
  • Google Bookmarks

Paris Théâtre 14, du 9 janvier au 13 Février 2015

L’Étranger d’après Albert Camus
Mise en scène Benoit Verhaert
Adaptation Benoit Verhaet et Frédéric Topard

Du lundi au vendredi à 19H
(Relâches exceptionnelles les 2 et 3 février 201)
Théâtre 14, 20 avenue Marc Sangnier 75014 Paris
Métro : Porte de Vanves

Partager:
  • Facebook
  • Twitter
  • email
  • LinkedIn
  • MySpace
  • del.icio.us
  • Google Bookmarks

Paris Café-Procope 24 Janvier 2015 à 16h,

Conférence-débat : « Camus et l’Espagne à partir de Jacqueline Levi-Valensi »

par Hélène Rufat, professeur de littérature à la faculté d’Humanités de l’Université Pompeu Fabra de Barcelone

Participation de 18 euros demandée par le Café Procope pour l’accueil et la collation servie.

Merci de réserver avant le 20 janvier 2015 à abdel.z@netcourrier.com

Café-Procope, 13, rue de l’Ancienne Comédie (Métro Odéon)

Partager:
  • Facebook
  • Twitter
  • email
  • LinkedIn
  • MySpace
  • del.icio.us
  • Google Bookmarks

Lumières d’Albert Camus. Enjeux et relectures, Maria de Jesus CABRAL, Ana Clara SANTOS et Jean-Baptiste DUSSERT (dir.), Paris, Éditions Le Manuscrit, 2012, 237 p.

En octobre 2010, l’Association portugaise des études françaises a organisé, à Lisbonne, un colloque dont ce volume rend partiellement compte. Il est le premier de la collection « Extopies ». La préface le présente d’ailleurs comme un « bouquet assez restreint mais en même temps varié » de travaux sur l’œuvre d’Albert Camus (p. 8). La table des matières et le titre des articles nous renseignent effectivement sur la variété des travaux proposés. Se pose indiscutablement (mais peut-être vainement ?) la question de l’homogénéité du recueil. Camus et son œuvre comme seul fil conducteur nous convient à des relectures pas toujours innovantes.
Jeanyves Guérin, fin connaisseur des écrits politiques de Camus, approfondit un sujet qui lui tient à cœur. Dans « L’Europe unie selon Camus : un destin et un dessein », il rappelle le parcours de Camus, mondialiste déçu qui adhéra un moment aux idées utopiques de Gary Davis avant de devenir un européen convaincu. Il soutient « une Europe neutre, pacifiste et socialiste, indépendante » des deux blocs et qui doit mettre en son centre l’homme, non l’argent ou les marchandises.
L’étude de Véronika Altachina sur Les Possédés est tout à fait passionnante. En 1953, Camus entreprend d’adapter pour la scène le roman de sept cents pages de Dostoievski. Il en fait une véritable pièce en trois actes qui passe de la comédie satirique au drame pour s’achever en tragédie. L’auteur concentre alors son étude sur deux personnages : Stavroguine, autour duquel Camus resserre l’intrigue, et Kirilov, l’ « exemple parfait du suicide logique ». Pour elle, Pascal a influencé aussi bien le romancier russe que son adaptateur français. Ainsi, Kirilov et Stavroguine qui cherchent Dieu sans le trouver sont, selon la terminologie pascalienne, « malheureux et raisonnables ». Le premier illustre cette pensée : « L’homme est grand en ce qu’il se connaît misérable » tandis que le second se plonge dans le « divertissement » pour se détourner de la misère de la condition humaine.
L’Antiquité sert de lien aux deux articles suivants. Sofia Chatzipetrou revient, après tant d’autres, sur l’influence grecque dans l’œuvre romanesque et théâtrale de Camus tandis que Jean-Baptiste Dussert s’intéresse au Diplôme d’études supérieures de Camus. Il décèle dans le choix du sujet : « Métaphysique chrétienne et Néoplatonisme » un « humanisme original » montrant de la part du jeune étudiant un réel intérêt pour la question religieuse. Pour lui, ce mémoire « permet de mieux saisir la complexité de l’humanisme camusien » (p. 73).
Jean-Paul Larthomas place son étude sous le signe de Némésis, troisième cycle envisagé par Camus. Il s’intéresse au cheminement parfois souterrain de la source grecque et voit dans L’Étranger une « tragédie algérienne » dans laquelle le soleil joue le rôle du fatum antique. La problématique de l’exil et du royaume est ancrée dans sa terre natale. Cette étude, placée sous le signe de Némésis, éclaire d’un jour nouveau l’œuvre de Camus.
Dans son article intitulé « La Peste de Camus : une œuvre résolument moderne », Aurélie Palud rapproche la chronique du roman de Saramango L’Aveuglement et s’intéresse au fonctionnement de l’allégorie. Comment passe-t-on de la fiction à l’Histoire ? Pour elle, la modernité de La Peste réside dans sa complexité générique, dans la monotonie du style et dans le caractère énigmatique du narrateur. Les deux romans s’interrogent sur la place de l’homme dans un univers sans Dieu et insistent sur la nécessaire solidarité. Mais résistera-t-elle à la disparition de l’épidémie ? Rien n’est moins sûr. Les deux œuvres s’éclairent mutuellement : Camus apparaît moderne tandis que Saramango se révèle un écrivain engagé.
Tout autre est le sujet abordé par Thierry Laurent : « Albert Camus et les communistes ». Il rappelle les espoirs et les déboires de Camus qui adhéra à l’automne 1935 au PC pour en être exclu deux ans plus tard, en désaccord avec la ligne du PCA sur la question coloniale, prioritaire pour lui et ses amis algériens progressistes. Ce bref passage au PCA le guérira à tout jamais des partis même si, dans la Résistance, il côtoiera des communistes. Ils ne se priveront pas d’attaquer son œuvre : La Peste en 1947 ou L’Homme révolté en 1951, sans oublier sa polémique avec d’Astier de la Vigerie en 1947-48. Thierry Laurent rappelle opportunément les temps forts de l’engagement de Camus contre tous les totalitarismes, de droite comme de gauche.
Dans « Entre Prospero et Caliban », Fernando Gomes s’intéresse au roman inachevé Le Premier Homme et montre que « Enfant, Jacques, alter ego de [Camus], éprouvait déjà son aliénation face à l’altérité de la Métropole, aussi bien spatiale qu’humaine » (p. 135-136). Il établit un parallélisme entre la sensation de manque de racines éprouvée par les colons et celle de vide que ressent Jacques, due à l’absence du père. Cette ébauche de roman montre la nécessité vitale, mais aussi la difficulté de reconnaître l’ « autre ». Son grand mérite est d’évoquer l’Algérie des colons pauvres.
Maria Luisa Malato dans « Albert Camus et l’in-version de l’Éden » se penche sur la recherche du Royaume chez Camus, qu’il ne faut pas confondre avec l’utopie. Noces ou « Les Amandiers » décrivent le Paradis, lieu parfait de l’adéquation de l’homme au monde. L’utopie, sous la plume de Camus, est un terme ambigu. Dans « Ni victimes ni bourreaux » en 1946, il établit une différence de degrés entre utopies « absolues » et « relatives ». Maria Luisa Malato discerne l’influence déterminante de Jean Grenier. Pour elle, « Le récit de l’Éden de Camus est écrit à l’envers : il est l’écriture de l’Exilé qui n’oublie pas son Royaume » (p. 169).
Ana Clara Santos étudie la réception du théâtre camusien au Portugal. C’est par la traduction de ses pièces qu’il fut d’abord connu, dans les années 40. Censuré sous la dictature de Salazar, une seule de ses adaptations fut montée au Théâtre S. Luis, en février 1960 : Les Possédés.
Maria de Jesus Cabral et Maria Herminia A. Laurel s’intéressent au rapport entre tragédie et tragique dans l’œuvre de Camus. Les deux auteurs éclairent ce qui se cache sous ces deux vocables et remarquent que Camus aborde le genre (tragédie) et l’expression (le tragique) non seulement dans son œuvre théâtrale mais aussi dans ses réflexions sur le comédien dans Le Mythe de Sisyphe ou dans sa Conférence d’Athènes en mai 1955. Puis elles font dialoguer Malraux et Camus. La Condition humaine, entre roman et philosophie, rejoint la conception du tragique et de la tragédie exposée par Camus dans « Sur l’avenir de la tragédie ». Les deux écrivains partagent la même vision tragique du monde contemporain.
Dans le dernier article, Dalila Harir se penche sur l’adaptation de « L’Hôte » par Jacques Ferrandez, en bande dessinée. L’analyse théorique alourdit souvent le texte alors que l’auteur se montre capable d’une analyse fine des couleurs qui peignent non seulement le paysage mais aussi les sentiments et les émotions des protagonistes, tout en rendant l’atmosphère d’inquiétude et d’angoisse de la nouvelle.
Pour reprendre la métaphore initiale, on garde une impression de « pot pourri » et de discontinu. Les contributions, honnêtes, sont inégales, souvent sans grande originalité toutefois pour un lecteur plus exigeant. Mais le sous-titre de l’ouvrage n’est-il pas « Enjeux et relectures » ?

Marie-Thérèse BLONDEAU

Partager:
  • Facebook
  • Twitter
  • email
  • LinkedIn
  • MySpace
  • del.icio.us
  • Google Bookmarks

« Albert Camus ou le refus du meurtre », Alternatives non-violentes, dossiers, recherches, confrontations, n° 167, juin 2013.

Après Jaurès (n° 140) et Tolstoï (n° 153), cette revue consacre le dossier de son numéro récent à Albert Camus. L’éditorial de François Vaillant, rédacteur en chef, donne immédiatement le ton : « Albert Camus n’est pas un auteur ayant étudié et compris la non-violence, mais les adeptes de la non-violence trouvent chez lui une formidable matière à réflexion, notamment celle qui concerne le refus de légitimer comme de justifier le meurtre. » C’est dire que le dossier présenté est empreint d’une grande sympathie pour l’auteur étudié.
José Lenzini commence par rappeler les données biographiques de la mort du père de l’écrivain au début de la guerre de 1914 et le souvenir de celle-ci dans la lecture, en classe, par son instituteur du livre de Dorgelès Les Croix de bois. Puis Jean-Pierre Dacheux trace le triangle de trois villes : Éragny-sur-Oise (non loin de Cergy-Pontoise) qui a recueilli le monument aux morts de la ville natale de Camus, et les deux villes qui portent le nom de Mondovi, celle d’Algérie et celle d’Italie, où eut lieu récemment un colloque Camus. En illustration figure une excellente reproduction de l’acte de naissance d’Albert Camus qui permet de prendre connaissance de (presque) toutes les annotations portées (notamment la reconnaissance officielle comme pupille de la nation en 1920).
Yahia Belaskri retrace à grands traits la réception de Camus en Algérie, relevant pertinemment que son retour « sur la scène médiatique et littéraire » a coïncidé avec les années où « éclate la guerre civile algérienne (1992-2000) ». Il note que l’apaisement fut de courte durée, marqué par l’arrêt en 2010 de la caravane Albert Camus et que « pour certains en Algérie, le refus de Camus est devenu un réflexe ». Le retour de Camus en Algérie reste à « concrétiser ».
Dans un texte un peu embrouillé, Jean-Marie Muller, à partir d’une étude de la révolte et du meurtre s’appuyant principalement sur L’Homme révolté, entend dégager le « rapport contrarié » de Camus avec la non-violence. Il souligne que Camus rejette la non-violence absolue, telle qu’incarnée par exemple par Gandhi, et relève ce qu’on pourrait appeler des traces d’une sympathie pour les mouvements non-violents, se demandant en conclusion si Camus n’aurait pas basculé dans cette position. Au travers des trois expériences dans le journalisme (Alger Républicain, Combat et L’Express), Denise Brahimi note la permanence de Camus à dénoncer la violence et l’horreur du sang versé. C’est là une des gloires de bien faire son métier de journaliste. Jean-François Mattéi rappelle que cette question de la nécessité et de la justification de la violence est précisément ce qui fait l’arrière-fond « idéologique » de la querelle Sartre-Camus. Le théâtre de Camus est abordé à travers l’honnête présentation des Justes faite par Guillaume Gamblin et à travers l’étude fouillée de L’État de siège (pièce injustement méconnue, se passant dans une Espagne soumise à l’oppression), que nous donne Hélène Rufat. Dans le dernier article du dossier, Guy Dugas tisse les liens entre la mort, le meurtre et le suicide pour faire ressortir quelques considérations éthiques de Camus qui, s’il en était besoin, justifient la permanence de son combat contre les exécutions capitales.
Bref, voilà un dossier honnête et facile à lire qui peut servir d’introduction et souligner la pertinence des thématiques de Camus dont certains contemporains, tel Abd al Malik, comme le rappelle Jourdain de Troie, peuvent se saisir pour le rendre actuel.

Guy BASSET

Partager:
  • Facebook
  • Twitter
  • email
  • LinkedIn
  • MySpace
  • del.icio.us
  • Google Bookmarks

Dossier « Albert Camus Centenaire bilans et mises aux points… » L’IvrEscQ n° 30 Spécial double novembre-décembre 2013.

Dans son numéro double n°30 de novembre-décembre 2013, le très beau magazine littéraire algérien L’IvrEscQ consacre un dossier substantiel à Albert Camus intitulé « Albert Camus, Centenaire : bilan et mises au point… ». La Directrice de la rédaction, Nadia Sebkhi, dans son éditorial, explicite ce titre par la controverse toujours actuelle concernant ce « SDF (Sujet à Débats sans Fin) » comme le nomment avec humour certains Algériens. Camus, dit-elle « nous fait tanguer d’un bord à l’autre, comme tout écrivain de cette envergure qui dérange.. ». Mais la question essentielle n’est-elle pas celle qu’elle pose et qui parcourt les trente-quatre pages de ce dossier « Quelle rencontre faisons-nous avec son œuvre ? ».
Le premier article qui ouvre le dossier « Camus à Tipasa, Camus à Djémila : Une philosophie de la vie » illustre bien cet avant-propos. Afifa Bererhi, après avoir mis en avant « toute « l’ambiguïté d’un homme » qui « de par la variété de ses prises de positions tout au long de sa vie »… « se transforme en énigme » pour elle et pour beaucoup d’Algériens, choisit de s’intéresser au Camus de la « pensée de midi ». Pensée « qui se dévoile dans Noces à Tipasa et se prolonge par son autre versant Vent à Djémila ». Elle met en exergue ce « diptyque », cet « aller et retour », cet « envers et endroit », « ces contraires qui se rejoignent », qui finissent par former ce qu’elle appelle joliment une « philosophie de l’équilibre ».
Dans « Albert Camus et les ouvriers », Denise Brahimi focalise son étude sur le monde du travail tel que Camus l’a connu dans son enfance. Ces « artisans salariés » figureront dans une des nouvelles de L’Exil et le Royaume, « Les Muets », et Camus les évoquera de façon plus personnelle dans son roman inachevé, Le Premier Homme. Denise Brahimi fait une très belle analyse des deux textes écrits presque en même temps, dans les dernières années de la vie de Camus. Elle y souligne la fidélité à son enfance et son désir de témoigner pour ces hommes dont « le savoir-faire » et la « fierté modeste » ne remplacent pas « la voix » qu’ils ne peuvent faire entendre.
Le « lyrisme sensuel qui parcourt toute l’œuvre de Camus a eu un prédécesseur illustre : André Gide », fait remarquer Amina Azza Bekkat dans « Camus et André Gide ». Pourtant, le Camus adolescent passe à côté. Ce n’est que plus tard, au moment de son alitement du fait de la tuberculose, qu’il découvrira Les Nourritures terrestres et reprendra à son compte « l’évangile du dénuement ». « Filiation sur le plan esthétique et moral », mais note la rédactrice de l’article, il n’y eut pas de véritable rencontre entre les deux hommes séparés par un grand écart d’âge bien que proches dans leurs positions.
Interlude illustré au dossier, Hakim Beddar présente son ouvrage : Hommage à Albert Camus, réalisé à l’occasion du centenaire d’Albert Camus, fragments de textes sur papier d’écolier jauni mis en page et superbement illustrés.
Christiane Chaulet-Achour signe deux comptes-rendus d’ouvrages parmi tous ceux sortis à l’occasion du centenaire de la naissance d’Albert Camus : le premier, Le dernier été d’un jeune homme, écrit par un écrivain algérien Salim Bachi, le second Camus brûlant de l’historien français Benjamin Stora et de son co-auteur Jean-Baptiste Pérétié.
Elle propose dans ce même numéro un article « Lumières du Sud » sur les correspondances entre les œuvres de William Faulkner et d’Albert Camus. On sait l’admiration que se portaient mutuellement les deux hommes. Camus n’a d’ailleurs pas caché l’influence des romans américains sur sa propre écriture. Christiane Chaulet-Achour présente plusieurs études qui soulignent les « parentés entre les deux univers romanesques » mais qui en montrent aussi les différences « parce que les situations des confrontations des altérités ne sont pas semblables et parce qu’il y a un vécu différent du pays » : ainsi « l’omniprésence du métissage » chez Faulkner, alors que chez Camus « les communautés sont co-présentes mais jamais mêlées ». Mais « tous deux, dit-elle en citant Édouard Glissant, sont confrontés à ce « moment de l’Histoire où se délite une harmonie indivisible du monde” et ils devront apprendre à “renoncer à l’indivisible” par une “nouvelle approche du monde” ».
Hamid Nacer-Khodja fait le point sur la polémique qui a opposé Michel Onfray avec des auteurs algériens à l’été 2012, à la suite d’une interview réalisée par le journal El Watan dans laquelle Onfray met notamment en accusation les militants de l’indépendance algérienne, qui auraient choisi, selon lui « la voie de la violence » plutôt que celle de « la négociation » et qui seraient de ce fait « responsables du plus grand nombre de morts », côté algérien. « Une réprobation unanime » s’ensuivit et Nacer-Khodja rend compte des réactions de nombreux intellectuels algériens dans différents médias. Enfin, l’auteur de l’article regrette que ce soit Camus qui pâtisse de cette nouvelle polémique, qu’« une fois de plus des Algériens fassent le procès de l’homme plus que de l’écrivain ». Un seul remède, préconise-t-il : « (re)lire son œuvre avec attention » selon le souhait de l’écrivain, dans ses Carnets.
L’écrivain algérien, Aziz Chouaki, dans son article intitulé « Le Tag et le Royaume », clin d’œil malicieux à Camus, constate d’emblée : « L’intérêt qu’il suscite, après plus de quarante ans, est à lui seul une sanction simple et splendide… Que l’on écrive avec ou contre lui, le tactile de sa pensée, sa sensibilité solaire agissent toujours, comme un prisme à déchiffrer le réel pour y retrouver, qui, des débris d’identité, qui, des convictions ». Écrivain en exil, comme beaucoup d’autres intellectuels algériens, il éprouve « le même sentiment que le Camus apatride qui disait : “Après Alger toutes les villes sont d’exil” ». Et il conclut : « Plus que jamais le monde a besoin de cet humanisme paradoxal. Ouvrir Camus au “vierge et vivace aujourd’hui ”, voilà la gageure, mettre en résonance son œuvre avec ce que devient l’existence, aujourd’hui, c’est-à-dire cette terrible confrontation planétaire entre un technocosme de plus en plus global et le retour d’un sacré qui fait du sang la sanction civique suprême ».
Jacqueline Jondot dans « Djemaï l’oranais contre Camus l’algérois », en comparant les descriptions de la ville d’Oran par l’un et l’autre, constate que la représentation d’Oran par Camus dans ses œuvres « n’est pourtant pas très éloignée de celle que fait Djemaï dans Zorah sur la terrasse ». Qu’est-ce qui justifie alors le ressentiment de Djemaï, s’interroge-t-elle ? « La ville que représente Camus est exclusivement coloniale, donc européenne. Et c’est précisément ce que Djemaï lui reproche. En outre, en faisant disparaître les autochtones, Camus peut proclamer Oran ville “sans passé”. Les textes de Djemaï visent à « réinscrire les autochtones dans l’espace oranais » par le texte et les images. Et pourtant, note Jacqueline Jondot, « sa lecture d’Oran est tout aussi imaginaire que celle de Camus ». Elle conclut : « Dans un jeu de miroir complexe, le texte de Djemaï ne renvoie pas à une image inversée du texte de Camus. C’est la même ville malgré ses réfutations ou ses effets photographiques. En fait il offre une image complémentaire, ajoutant une périphérie au centre, cette périphérie qui cachait la mer à Camus. »
Pour clore son dossier, L’IvrEscQ a repris, avec son accord, un article d’Agnès Spiquel, publié dans un ouvrage collectif, Les écrivains français et le monde arabe. Le titre de cet article « Albert Camus parle des Arabes » explicite clairement le travail entrepris par Agnès Spiquel : repérer et analyser tous les écrits où Albert Camus les évoque. Même si elle souligne qu’« on ne peut lui imputer les perceptions encore moins les actions ou les opinions de ses personnages », elle reconnaît cependant que « ces fictions adoptent, comme point de vue focalisateur du récit, le regard d’Européens ». Mais pour autant, rajoute-t-elle, « il ne faut pas conclure trop vite à un inconscient colonial : n’y aurait-il pas imposture à faire comme si l’on pouvait raconter à partir d’un point de vue dont on n’a aucune sorte d’expérience ? ». Car, rappelle-t-elle, « Camus entend témoigner »… « Mais comment rendre compte du réel sans y consentir ? Montrer, faire comprendre, sans justifier pour autant, est-ce possible ? C’est une question qu’il s’est longuement posée. » L’étude au plus près des textes est passionnante et instructive : outre le respect constant dont témoigne Camus à cette population, elle fait aussi ressortir l’évolution de la pensée politique et de son analyse de la situation. Dans Le Premier Homme, ouvrage inachevé publié à titre posthume, mais écrit lors des années où la guerre d’indépendance prenait de l’ampleur, Camus, nous dit-elle, avait eu l’idée d’inventer un « ami arabe » à son héros Jacques Cormery. Il n’a laissé que des notes fragmentaires à ce sujet mais conclut Agnès Spiquel, si « on peut regretter que Camus ne se soit pas davantage approché de ce “frère”, du moins doit-on lui reconnaître le mérite du respect et de la lucidité déchirée ».

Anne-Marie TOURNEBIZE

Partager:
  • Facebook
  • Twitter
  • email
  • LinkedIn
  • MySpace
  • del.icio.us
  • Google Bookmarks

Christophe COURTIN, Les Hommes révoltés. Sur les traces d’Albert Camus. Essai politique, Villeurbanne, éditions Golias, 2014, 258 p.

Christophe Courtin, militant altermondialiste chrétien, a lu – et bien lu – L’Homme révolté et il se demande si les révoltes de ces dernières décennies gardent quelque chose de la révolte camusienne – et, en même temps, quelles sont les formes du nihilisme contemporain qu’il s’agit de combattre avec la même énergie que celle de Camus dans son essai et dans ses engagements.
En une série de courts chapitres, il examine les moteurs, les contradictions, les bilans des révoltes du XXe siècle (par exemple Martin Luther King, mai 68, Solidarnosc, la lutte contre l’apartheid en Afrique du Sud, les intifadas palestiniennes, les luttes altermondialistes) et du XXIe siècle (le mouvement des indignés, les révolutions arabes). Forcément, on repère quelques raccourcis ; mais l’auteur a le sens de la synthèse et de la formule qui fait mouche, et sa réflexion passionnée sur les « minuits » actuels est souvent convaincante – même quand il règle des comptes, par exemple avec les révolutionnaires professionnels.
Toutes ces révoltes se heurtent au nihilisme contemporain qui consiste à faire croire que l’ultra-libéralisme est la seule réponse possible aux problèmes du monde et, au fil des pages, C. Courtin rappelle l’essentiel des propositions altermondialistes. Mais il ne propose pas de réponses simplistes ; et il montre bien comment les thèses de L’Homme révolté peuvent éclairer la réflexion des révoltés actuels – entre autres sur la difficile question de la violence.

Agnès SPIQUEL

Partager:
  • Facebook
  • Twitter
  • email
  • LinkedIn
  • MySpace
  • del.icio.us
  • Google Bookmarks



  • Contactez-nous
  • Extranet