Le numéro 8 de notre Revue Présence d’Albert Camus est paru. En voici le sommaire et les résumés des contributions en français, anglais et espagnol. Vous pouvez commander ce numéro (et les précédents également) au prix de 12€ le numéro (+ 3 € de frais de port) à l’adresse de l’association : 3 bis rue de la glacière, 94400 Vitry sur Seine.

Présence d’Albert Camus n°8 – 2016

SOMMAIRE

Albert CAMUS, quatre textes de Combat (avec une présentation de Neil FOXLEE)

CONTRIBUTIONS

Hans Peter LUND
« Sur l’angoisse de Camus dans les années 50 »

Éric FOUGÈRE
« Chronique et relation dans La Peste »

Hiroshi MINO
« Le cimetière chez Camus – mémoire et oubli »

Yvonne BARGUES ROLLINS
« Il faut imaginer Meursault heureux … »

Jason HERBECK
« Le lâche des Carnets de Camus »

Emanuela CELOTTO
« L’influence des idées des fédéralistes italiens sur la pensée de Camus »

Guy BASSET
« La Faculté des Lettres d’Alger chez Charlot : étudiants et enseignants »

Travaux universitaires

Giovanni Gaetani, « « Si tu veux être philosophe, écris des romans » : La philosophie d’Albert Camus.»

Comptes-rendus

Camus l’Artiste, colloque de Cerisy, sous la direction de Sophie Bastien, Anne Prouteau et Agnès Spiquel, Presses Universitaires de Rennes (Hans Peter LUND); Ève Morisi, Camus et l’éthique, livre collectif, Classiques Garnier (Pierre-Louis REY) ; A Writer’s Topography. Space and Place in the Life and Works of Albert Camus, edited by Jason Herbeck and Vincent Grégoire, Leiden-Boston, Brill-Rodopi (Pierre-Louis REY) ; Camus, au présent, ouvrage collectif coordonné par Fafia Djardem, de Coup de soleil Rhône-Alpes, Espaces Littéraires, L’Harmattan (Anne-Marie TOURNEBIZE) ; Lou Marin (Hg.): Albert Camus – Libertäre Schriften (1948-1960). Herausgegeben, eingeleitet, kommentiert und übersetzt von Lou Marin, Hamburg: Laika Verlag (Brigitte SÄNDIG) ; Charles Poncet, Camus ou l’impossible trêve civile, textes établis, annotés et commentés par Yvette Langrand, Christian Phéline et Agnès Spiquel-Courdille, Paris, Gallimard (Philippe VANNEY) ; Réjane et Pierre Le Baut, Camus-Amrouche : des chemins qui s’écartent, Casbah Éditions, Alger (Agnès SPIQUEL) ; Dictionnaire Char, sous la direction de Danièle Leclair et Patrick Née, Classiques Garnier (Alexis LAGER) ; Portraits de Memmi, édition critique, coordinateur Guy Dugas, Paris, CNRS (Guy BASSET).

Bibliographie

Vie de la Société des Études Camusiennes

Disparition : André Brink

Abstracts

Sommaire des précédents numéros

RÉSUMÉS/ABSTRACTS/RESUMENES

Hans Peter LUND, « L’angoisse de Camus dans les années 50 ».
Pour expliquer l’angoisse ressentie par Camus souffrant d’un mal moral après les critiques de L’Homme révolté, et confrontant le monde de la guerre froide et une Algérie déchirée par la guerre civile, l’article part de la distinction kierkegaardienne du tragique des anciens opposant le héros à l’État ou à la loi, et le tragique moderne comme une subjectivité réfléchie. Camus, exilé et révolté, est à la fois du côté d’Antigone et de Médée, et une figure moderne qui cherche à s’élucider dans les Carnets. Coincé entre ces deux positions, Camus est pris de l’angoisse que l’on ressent, selon Kierkegaard, devant le « Rien » de l’inconnu. Après avoir parcouru un certain nombre d’occurrences de cette angoisse existentielle, et l’avoir comparée à celle du Dr. Jivago et de Daru, l’article revient sur le rôle essentiel du Premier Homme où le tragique personnel et le tragique historique se conjuguent sous le signe de l’angoisse dans un drame de portée individuelle et générale à la fois.

Hans Peter LUND, « Camus’s anxiety in the 1950s ».
In order to explain the anguish felt by Camus as he experienced a moral malaise after the criticisms aimed at L’Homme révolté and found himself confronted by the world of the Cold War and an Algeria torn apart by civil war, this article takes as its starting-point the Kierkegaardian distinction between the ancient notion of the tragic which opposed the hero to the State or the law, and the modern tragic as a reflection of subjectivity. Camus, exiled and in revolt, is at one and the same time on the side of Antigone and Medea, and a modern figure who seeks to elucidate himself in the Carnets. Caught between these two positions, Camus is a prey to the anguish one feels, according to Kierkegaard, when faced with the ‘Nothingness’ of the unknown. After surveying a certain number of instances of this existential anguish and comparing it to that of Dr Zhivago and Daru, this article returns to the essential role of Le Premier Homme in which personal tragedy and historical tragedy are conjoined under the sign of anguish in a drama whose scope is both individual and general.

Hans Peter LUND, « La angustia de Camus en los años 50 ».
Para explicar la angustia que sintió Camus al sufrir de un dolor moral a consecuencia de las críticas por L’Homme révolté, al confrontar el mundo de la guerra fría con una Algeria desgarrada por la guerra civil , el artículo parte de la distinción kierkegariana del trágico de los antiguos oponiendo el héroe al Estado o a la Ley, y también del trágico moderno en tanto que subjetividad pensada. Camus exiliado y rebelde, está a la vez de parte de Antigona y de Medea y por otra parte es una figura moderna que intenta elucidarse en los Carnets.
Cogido entre esas dos posturas, Camus experimenta aquella angustia que se vive, según Kierkegaard, ante la Nada de lo desconocido. Después de examinar unas cuantas manifestaciones de aquella angustia existencial y compararla a la del Dr.Jivago y la de Daru, el artículo vuelve sobre el papel esencial del Premier Homme donde el trágico personal y el trágico historico se interpenetran bajo el signo de la angustia en un drama a la vez de alcance individual y general

Éric FOUGÈRE : « Chronique et relation dans La Peste».
Le roman La Peste est présenté par Camus comme une chronique. On questionne ici son usage en mettant la chronique en correspondance avec ce qu’on appelle aussi « relation ». C’est d’abord un récit, mais c’est bien sûr aussi de l’histoire. Une ambiguïté naît du choix d’écriture de la relation/chronique. Elle superpose à l’histoire une allégorie, d’une part, et, d’autre part, elle fait appel à des témoignages et confidences qui ne vont pas sans difficulté narrative. En effet, le narrateur est en même temps celui qui parle au nom de tous et celui qui raconte à la troisième personne. Il œuvre à la formation d’une conscience collective à partir d’une situation de séparation généralisée. La chronique est ce qui sert à rapporter le plus objectivement les événements d’une histoire collective, alors que la relation cherche à relier des histoires individuelles à la dimension symbolique. La chronique est donc un style d’écriture au service du temps. La relation sert une éthique des solitudes en partage à tous.

Éric FOUGÈRE, « Chronicle and relation in La Peste».
The novel La Peste is presented as a chronicle by Camus. In the present study we interrogate this use of the term by considering it in parallel with what is also called a ‘relation’. The novel is primarily a story, but it is also history of course. An ambiguity arises from the choice of writing in the relation / chronicle mode. On the one hand it superimposes an allegory upon the history, and on the other hand it calls upon testimony and confidences which create difficulties for the narrative. In effect the narrator is at one and the same time he who speaks in the name of everyone and he who narrates in the third person. He undertakes to shape a collective consciousness out of a situation of generalised separation. The chronicle is what serves to recount most objectively the events of a collective history, whilst the relation seeks to bind individual stories to the symbolic dimension. The chronicle is thus a type of writing in the service of temporality. The relation serves an ethic of solitudes shared by all.

Éric FOUGÈRE, « Crónica y relación en “La Peste».
Camus presenta la Peste como una crónica. En este caso se pone en cuestión este uso, relacionando la crónica con lo que también se llama « relación ». Es ante todo un relato, pero es también historia. Una ambigüedad surge de la elección del tipo de escritura relación/crónica. Por una parte, superpone a la historia una alegoría y, por otra, recurre a testimonios y confidencias que no carecen de dificultad narrativa. En efecto, el narrador es a la vez el que habla en nombre de todos y el que cuenta en tercera persona. Produce la formación de una consciencia colectiva a partir de una situación de separación generalizada. La crónica es lo que permite referir del modo más objetivo los acontecimientos de una historia colectiva, mientras que la relación intenta vincular unas historias individuales con una dimensión simbólica. La crónica es pues un tipo de escritura al servicio del tiempo. La relación está al servicio de una ética de las soledades compartidas por todos

Hiroshi MINO, « Le Cimetière chez Camus : mémoire et oubli ».
De « La Maison mauresque » à Noces en passant par « Louis Raingeard » et L’Envers et l’endroit, Camus considère souvent le cimetière comme un lieu de réflexion sur la vie et la mort, où l’inscription tombale est toujours inutile. Dans le Premier Hommele cimetière de Mondovi témoigne que les efforts des hommes qui, en construisant des tombes, essayent de laisser leur souvenir sous forme d’inscriptions n’aboutissent à rien. Mais Camus essaie d’entretenir la mémoire par une autre écriture qui est capable de triompher de l’oubli et dont il dispose en tant qu’écrivain, afin de donner une parole aux muets et les installer dans l’histoire.

Hiroshi MINO, « The Cemetery in Camus’s Works : Memory and Oblivion ».
From « La maison mauresque » [« The Moorish House »] in Noces [Nuptials] to « Louis Raingeard » and L’Envers et l’endroit [Bextwixt and Between], Camus often considers a cemetery as a place of reflection on life and death where gravestone inscriptions are always useless. In Le Premier Homme [The First Man], the cemetery of Mondovi is a testimony of the efforts of men who try to maintain the memory of their passage on earth by building graves, yet are unsuccessful. But Camus, since he is a skilled author, strives to keep this memory alive by adopting a different way of writing, a particular way of writing which is able to overcome oblivion in order to give a voice to the voiceless and install them in history.

Hiroshi MINO, « El cementerio en la obra de Camus : memoria y olvido ».
De « La Maison mauresque à Noces, pasando por « Louis Raingeard » y L’Envers et l’endroit, Camus ve muy a menudo el cementerio como un lugar de meditación sobre la vida y la muerte, y donde lo escrito en la lapida es siempre útil. En le Premier Homme el cementerio de Mondovi testifica que los esfuerzos de los hombres, quienes al edificar las tumbas intentan dejar un recuerdo bajo la forma de algo escrito, no sirven para nada. Pero Camus intenta mantener la mémoria por otro tipo de escritura capaz de triunphar del olvido, escritura que posee en tanto que escritor, para dar una palabra a los ya mudos y darles sitio en la historia

Yvonne BARGUES ROLLINS, « Il faut imaginer Meursault heureux… ».
L’Étranger est le produit d’une longue réflexion sur le lien entre la vie, la mort, et la création littéraire. Dans ce roman, « portrait de l’artiste en jeune homme », Camus, fidèle à ses premiers écrits, navigue entre « Oui et Non ». La route parcourue par le narrateur l’a conduit à voir « maintenant » derrière le monde des apparences, à devenir un écrivain, un artiste.

Yvonne BARGUES ROLLINS, « Il faut imaginer Meursault heureux…».
The Stranger is the fruit of a long reflection on what links life, death and literary creation. In his text, « portrait of the artist as a young man, » Camus, loyal to his first writings, navigates « between Yes and No. » The road followed by the narrator leads him to see the « now » behind the world of appearances, and to become a writer, an artist.

Yvonne BARGUES ROLLINS, « Hay que imaginarse a Meursault dichoso…».
L’Étranger es el producto de una larga reflexión sobre el vínculo entre la vida, la muerte y la creación literaria. En esta novela, «retrato del artista joven», Camus, fiel a sus primeros escritos, navega entre «Sí y No». El camino recorrido por el narrador lo ha llevado a ver «ahora» tras el mundo de las apariencias, a convertirse en un escritor, en un artista.

Jason HERBECK, « Le Lâche des Carnets d’Albert Camus ».
Dès la toute première page du Cahier I (mai 1935) d’Albert Camus, est évoqué le propre du lâche. Âgé alors de vingt-et-un ans, Camus témoigne de l’état de pauvreté qui lui paraît « le sens vrai de la vie » et nomme par la suite ce qui, pour lui, constitue cette vérité fondamentale : « Ce qui compte [...], ce sont les mauvaises hontes, les petites lâchetés, la considération inconsciente qu’on accorde à l’autre monde (celui de l’argent). Je crois que le monde des pauvres est un des rares, sinon le seul qui soit replié sur lui-même, qui soit une île dans la société » (OC II, 795). Au cours des plus de vingt ans qui suivent, le mot lâche, sous de divers aspects et dérivations, apparaîtra plus de trente fois dans les cahiers de l’écrivain (publiés chez Gallimard sous le nom de Carnets). Dans cette étude, nous proposons de nous pencher sur le lâche des Carnets camusiens—figure d’autant plus importante qu’elle s’oppose d’emblée et à l’homme absurde et à l’homme révolté, et que, lors de la guerre d’Algérie, Camus lui-même se voit critiqué faute de s’être suffisamment engagé dans un conflit qui le trouve doublement impliqué. Tout d’abord, il s’agira d’examiner la première occurrence du terme dans les Carnets, ce qui nous amènera, dans un deuxième temps et en fonction d’une lecture attentive de quelques occurrences subséquentes particulières, à préciser deux traits principaux du lâche qui s’y profile : en bref, le lâche serait celui qui ne sait ni se taire ni tenir. C’est d’ailleurs cette estimation pratique du lâche des Carnets qui nous permettra dans un troisième temps de relever la trace de son homologue littéraire dans l’œuvre camusienne, et de démontrer en quoi le lâche des Carnets s’érige au fur et à mesure en antihéros par rapport aux deux grandes figures emblématiques de la pensée philosophique camusienne. En conclusion, nous proposerons que ce sont justement les caractéristiques à première vue limitatives, voire parfois contradictoires, par lesquelles ces « héros » philosophiques camusiens se définissent qui nous permettront de réfléchir sur sa « chute » sous l’impulsion des études postcoloniales francophones à partir des années 1970, et les raisons pour lesquelles l’on parle de Camus aujourd’hui – que ce soit dans le contexte du Printemps arabe ou celui des désastres naturels dont notamment le tsunami au Japon et le séisme en Haïti.

Jason HERBECK, « The Coward in Albert Camus’s Carnets».
Camus evokes the traits of the coward on the very first page of his Notebook I (May 1935). Twenty-one years old at the time, he describes the conditions of poverty which constitute “the true sense of life” and subsequently names what, for him, amounts to the makings of this fundamental truth: “ What counts [...] are the unpleasant disgraces, the little acts of cowardice, the thoughtless considerations given to the other world (that of money). I believe that the world of the poor is a rare one, if not the only one that is withdrawn into itself, an enclave of society” (OC II, 795). During the more than twenty years that follow, the word “coward” (lâche) appears in various forms and derivations over thirty times in the writer’s notebooks (published by Gallimard under the title Carnets). This study proposes to examine the coward in Camus’s Carnets—a figure the proves all the more significant on account of its stark opposition to the Absurd man and the Rebel, and the fact that Camus himself was harshly criticized during the French-Algerian War (1954-1962) for not having chosen a more decisive stance in a conflict that found him torn between two ultimately unsatisfactory positions. Consideration of the first occurrence of the term in Camus’s Carnets will, in conjunction with careful examination of several subsequent uses of the word, afford us to identify two principle traits of the coward—namely, that he is neither silent nor resistant. This practical estimation of the coward will allow us to uncover the tracks of his literary counterpart in Camus’s works and to demonstrate the ways in which the coward in the Carnets comes to represent the antihero with respect to the two emblematic figures at the core of Camus’s philosophical writings. In conclusion, it is the seemingly limiting, contradictory characteristics by which these philosophical Camusian “heros” are defined that will lead us to reflect on Camus’s “fall” under the impetus of postcolonial francophone criticism, and the reasons why Camus and his works are so often cited today, whether it be in the context of the Arab Spring or catastrophic natural disasters such as the tsunami that struck Japan or the earthquake in Haiti.

Jason HERBECK, « El Cobarde en los Carnets de Albert Camus ».
Desde la primerísima página del Cahier I (mayo de 1935), de Albert Camus, se evoca lo más característico del cobarde. A los veintiún años de edad, Camus da testimonio del estado de pobreza que le parece «el verdadero sentido de la vida» y cita a continuación lo que, para él, constituye esta verdad fundamental: «Lo que cuenta [...] son las malas vergüenzas, las pequeñas cobardías, la consideración inconsciente que se concede al otro mundo (el del dinero). Creo que el mundo de los pobres es uno de los pocos, si no el único, que está replegado sobre sí mismo, que es una isla en la sociedad» (OC II, 795). A lo largo de los más de veinte años posteriores, la palabra cobarde, bajo sus diversos aspectos y derivaciones, aparecerá más de treinta veces en los cuadernos del escritor (publicados en Gallimard bajo el nombre de Carnets). En este estudio, nos proponemos estudiar al cobarde de los Carnets camusianos—figura tanto más importante cuanto que se opone de inmediato a la vez al hombre absurdo y al hombre rebelde, y que, durante la guerra de Argelia, el mismo Camus se vio criticado por no haberse comprometido suficientemente en un conflicto en el que estaba doblemente implicado. En primer lugar, se trata de examinar la primera ocurrencia del término en los Carnets, lo que nos llevará, en un segundo tiempo y en función de una lectura cuidadosa de algunas ocurrencias subsecuentes particulares, a precisar dos rasgos principales del cobarde que se perfilan en los textos : en pocas palabras, el cobarde sería quien no sabe ni callarse ni mantenerse. Por otra parte, esta evaluación práctica del cobarde de los Carnets es lo que nos permitirá, en un tercer tiempo, captar la huella de su homólogo literario en la obra camusiana y demostrar en qué el cobarde de los Carnets se erige poco a poco en antihéroe con relación a dos grandes figuras emblemáticas del pensamiento filosófico camusiano. En conclusión, propondremos que son precisamente las características a primera vista limitadoras, incluso a veces contradictorias, por las que esos «héroes» filosóficos camusianos se definen las que nos permitirán reflexionar sobre su «caída» bajo el impulso de los estudios poscoloniales francófonos, a partir de los años 1970, y las razones por las que hoy se habla de Camus —ya sea en el contexto de la Primavera árabe o en el de los desastres naturales, esencialmente el tsunami de Japón y el seísmo de Haití.

Emanuela CELOTTO, « L’influence des idées des fédéralistes italiens sur la pensée de Camus ».
Intellectuels antifascistes, puis anticommunistes, Ernesto Rossi et Altiero Spinelli ont participé durant la guerre au Mouvement fédéraliste européen, qui sortit de la clandestinité, en Italie, après la chute du gouvernement de Badoglio (août 1943). Camus les a sans doute connus par l’intermédiaire d’Henri Frenay et du mouvement Combat. Il rejoindra leurs idées dans sa critique des totalitarismes telle que la formule L’Homme révolté. La conviction que le fédéralisme est la meilleure voie pour combattre le nationalisme se traduit chez les trois écrivains, au lendemain de la guerre, par leur foi en une Europe démocratique unie, capable d’assurer le triomphe d’une liberté et d’une justice qui s’imposent réciproquement des limites.

Emanuela CELOTTO, « The influence of the ideas of the Italian federalists on the thought of Camus ».
Antifascist and then anticommunist intellectuals, during the war Ernesto Rossi and Altiero Spinelli were part of the European Federalist Movement, which emerged from underground, in Italy, following the fall of the Badoglio government in August 1944. Camus doubtless knew them through the intermediary of Henri Frenay and the Combat network. His ideas coincide with theirs in the critique of totalitarianism as it is set out in L’Homme révolté. The conviction that federalism is the best way of combatting nationalism is expressed by all three writers, in the aftermath of the war, through their belief in a united democratic Europe, capable of ensuring the triumph of a freedom and a justice which set limits each for the other.

Emanuela CELOTTO, « Influencia de las ideas de los federalistas italianos sobre el pensamiento de Camus ».
Intelectuales antifascista, luego anticomunistas, Ernesto Rossi y Altiero Spinelli participaron durante la guerra al Movimiento Federalista Europeo que salió de la clandestinidad, en Italia, después de la caída del gobierno de Badoglio (agosto del 43). Es probable que Camus les conoció por el intermediario de d’Henri Frenay y del movimiento Combat. Se unirá a sus ideas en su critiqua del totalitarismo tal commo aparece en L’Homme révolté. La convicción de que el federalismo es la mejor solución para combatir el nacionalismo se traduce en los tres escritores, después de terminar la guerra, por su fe en una Europa democrática unida, capaz de asegurar el triunfo de una libertad y de una justicia que se imponen reciprocamente sus límites.

Guy BASSET, « La Faculté des Lettres d’Alger chez Charlot : étudiants et enseignants ».
Dès le démarrage de la librairie Les Vraies Richesses, comme des éditions Edmond Charlot, des relations étroites existèrent avec la Faculté des Lettres d’Alger située à proximité. Aux côtés de Jean Grenier, deux jeunes et brillants enseignants y jouèrent, à des titres divers, un rôle majeur. Suivre leurs parcours au travers de leurs participations à ce groupe d’enseignants et d’(anciens) étudiants qui fut un des animateurs de la vie culturelle algéroise à la veille de la guerre, comme à travers les publications qu’ils firent aux éditions Charlot et les échos qu’elles reçurent est l’objet de cette étude.

Guy BASSET, « The Algiers Faculty of Arts chez Charlot : students and tutors ».
From the earliest beginnings of the ‘Vraies Richesses’ bookshop and the Edmond Charlot publishing house, there were close links with the Algiers Faculty of Arts which was located close by. Alongside Jean Grenier, two brilliant tutors played major roles in a variety of ways. The aim of this study is to trace their development through their participation in the group of teachers and (ex-) students which was a driving force in the cultural life of Algiers just before the war, as well as through the publications they brought out with Charlot and the reactions they received.

Guy BASSET, « La Facultad de Letras de Argel y la editorial Charlot: estudiantes y profesores ».
Desde los comienzos de la librería «Les vraies Richesses» [«Las verdaderas riquezas»], así como de la editorial Edmond Charlot, ambas estuvieron estrechamente relacionadas con la Facultad de Letras de Argel, situada a proximidad. Junto a Jean Grenier, dos jóvenes y brillantes profesores desempeñaron en ellas, un papel capital. Seguir su trayectoria a través de sus participaciones en este grupo de profesores y de (antiguos) estudiantes, que fue uno de los animadores de la vida cultural de Argel en vísperas de la guerra, y también a través de sus publicaciones en las ediciones Charlot y la repercusión de las mismas, tal es el objeto de este estudio.

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REVUE PRÉSENCE d’ALBERT CAMUS
Vous pouvez commander la revue Présence (un ou plusieurs numéros) au prix de 12 € le numéro (+ 3 € de frais de port) à l’adresse de l’association : 3 bis rue de la Glacière, 94400 Vitry sur Seine

PRÉSENCE D’ALBERT CAMUS
n°7 AVRIL 2015

SOMMAIRE

Albert CAMUS, « Histoire vraie », La Revue algérienne, Nouvelle Série n° 3, janvier 1939
(avec une présentation de Neil FOXLEE)

CONTRIBUTIONS

Pierre-Louis REY
« La lumière sur Hélène »

Hervé SANSON
« Albert Camus/Germaine Tillion face à la question algérienne »

Linda RASOAMANANA
« “L’Hôte” de Camus à l’épreuve du Neuvième Art par la médiation de Ferrandez : l’implicite est-il figurable en vignettes ? »

Michel BARRÉ
« Reflets plotiniens dans La Mort heureuse d’Albert Camus »

Jemma DUNNILL
« Meursault devant le miroir, un nouveau reflet : The Outsider de Sandra Smith »

Sofia CHATZIPETROU
« De l’autorité tragique à la justice autoritaire : Créon de Sophocle et Stepan de Camus »

François BOGLIOLO
« Un étrange toponyme colonial, Marengo, dans L’Étranger de Camus »

Sophie BASTIEN et Soundouss EL KETTANI
« L’énigme Camus mise en abyme »

Interview de Charlotte RONDELEZ « Audace et liberté » : propos recueillis par Agnès SPIQUEL et Anne-Marie TOURNEBIZE

Document :

Entretien avec Edmond CHARLOT par Hélène RUFAT

Travaux universitaires

Tomoko ANDO, La Nostalgie dans l’œuvre d’Albert Camus
Emanuela Francesca CELOTTO, Albert Camus : démocratie et totalitarisme

Comptes-rendus

Albert Camus, 23. L’Algérie de Camus, sous la direction de Philippe Vanney, Lettres Modernes Minard, Classiques Garnier (Pierre-Louis REY) ; Martin Rodan, Camus et l’antiquité, Bern, Peter Lang (Paul VIALLANEIX) ; Amina Azza-Bekat, Afifa Bererhi, Christiane Chaulet Achour, Bouba Mohammedi-Tabti, Quand les Algériens lisent Camus, Alger, Casbah éditions (Agnès SPIQUEL) ; Albert Camus oder der glückliche Sisyphos : Albert Camus ou Sisyphe heureux, édité par Willi Jung, Université de Bonn (Allemagne), V & R unipress, Bonn University Press (François VEZIN) ; La Réception transdisciplinaire d’Albert Camus, Actes du colloque international de l’Université de Jordanie, Librairie Alamereya, Amman-Jordanie (Marie-Thérèse BLONDEAU) ; Laurent Bove, Albert Camus, de la transfiguration, pour une expérimentation vitale de l’immanence, Paris, Publications de la Sorbonne, coll. La philosophie à l’œuvre (Guy BASSET); Humanismes et religions. Albert Camus et Paul Ricœur, Jean-Marc Aveline (éd.), Berlin, Lit. Verlag, 2014, coll. Colloquium Salutis. Études en sciences et théologies des religions (Guy BASSET) ; Pierre Garrigues, Vers une métaphysique solaire. La question des « valeurs méditerranéennes » chez Élytis, Char et Camus , Éditions Walidoff, Tunis (Agnès SPIQUEL) ; Kamel Daoud, Meursault, contre-enquête, Alger, éd. Barzakh, 2013 ; Arles, Actes Sud, 2014 (David H. WALKER)

Bibliographie

Vie de la Société des Études Camusiennes

Disparitions : Jean-Claude Brisville, Myriam Dechezelles, Herbert R. Lottman

Abstracts

RÉSUMÉS/ABSTRACTS/RESUMENES

Hervé Sanson, « Albert Camus/Germaine Tillion face à la question algérienne ».

La relation qu’entretinrent l’écrivain Albert Camus et l’anthropologue Germaine Tillion avec l’Algérie, coloniale puis en lutte pour son indépendance, s’avère être complexe et moins schématique que d’aucuns ont bien voulu le croire. À partir d’angles d’approche précis (la préservation des innocents, la Méditerranée, le 8 mai 1945, la « clochardisation » et le sort de la minorité européenne, Jean El Mouhoub Amrouche enfin), nous avons souhaité mettre en relief les points saillants de cette relation, et les convergences tout autant que les divergences entre ces deux grands intellectuels. Bien que chacun ait appréhendé le « problème algérien » avec sa sensibilité propre, et depuis sa connaissance spécifique du terrain, socio-anthropologique et économique pour Tillion, économique et socio-psycho-affective (c’est-à-dire engagée à son corps défendant) pour Camus, ils ont tous deux mésestimé la dimension politique, c’est-à-dire nationale, du conflit, et souhaité une préservation du lien unissant la France et l’Algérie, rejetant l’option indépendantiste. In fine, la solution d’une Algérie reliée à la France dans un cadre fédéral a emporté leurs suffrages. Ces premiers jalons mériteraient une étude plus approfondie que le volume imparti à un article ne pouvait permettre.

Hervé SANSON, « Albert Camus and Germaine Tillion on the issue of Algeria »..

The respective relationships that writer Albert Camus and anthropologist Germaine Tillion shared with Algeria, from the country’s colonial days to its struggle for independence, prove to be complex and less schematic than some have suggested. By way of several precise frames of reference (the preservation of the innocent, the Mediterranean, May 8, 1945, homelessness (“clochardisation”) and the fate of the European minority, Jean El Mouhoub Amrouche), we propose to highlight salient aspects of these relationships, as well as the convergences and divergences between these two great intellectuals. Although each addressed the “Algerian problem” with their own sensibility, based upon their intimate knowledge of the region, socio-anthropological and economic for Tillion; economic and socio-psycho-affective (in other words, one of reluctant commitment) for Camus, they both underestimated the political (that is, national) dimension of the conflict, and desired a preservation of the ties linking France and Algeria, thus rejecting the option of sovereignty. Ultimately, the solution of an Algeria linked to France within a federal framework won their vote. These first explorations of this topic warrant a more in-depth study that the limited length of this article will not allow.

Hervé SANSON, « Albert Camus/Germaine Tillion frente a la cuestión argelina ».

La relación que mantienen Albert Camus y la antropóloga Germaine Tillion con la Argelia, colonial y luego en lucha por su independencia, resulta ser más compleja y menos esquemática de lo que algunos han tenido a bien creer. A partir de ángulos de enfoque precisos (la protección de los inocentes, el Mediterráneo, el 8 de mayo de 1945, el radical empobrecimiento y el destino de la minoría europea o, finalmente, Jean El Mouhoub Amrouche), hemos intentado destacar los aspectos sobresalientes de esta relación, y tanto las convergencias como las divergencias entre estos dos grandes intelectuales. A pesar de que cada uno abordase el «problema argelino» con su propia sensibilidad, y a partir de su conocimiento específico del terreno, socio-antropológico y económico en el caso de Tillion, económico y socio-psico-afectivo (es decir, a regañadientes comprometido) en el de Camus, ambos infravaloraron la dimensión política, es decir, nacional, del conflicto y desearon preservar el vínculo que unía a Francia y a Argelia, rechazando la opción independentista. Finalmente, se inclinaron por la solución de una Argelia unida a Francia dentro de un marco federal. Este primer esbozo merecería un estudio más profundo de lo que el espacio reservado a un artículo puede permitir.

Linda RASOAMANANA, L’Hôte de Camus à l’épreuve du Neuvième Art par la médiation de Ferrandez : l’implicite est-il figurable en vignettes ?

En adaptant en bande dessinée une nouvelle aussi complexe que L’Hôte de Camus, Ferrandez a relevé en 2009 un véritable défi intersémiotique. Mais le récit en images ne court-il pas le risque de trahir l’implicite au cœur du texte camusien ? C’est la question à laquelle l’étude s’efforce de répondre. Tout d’abord sont analysés tous les dispositifs spécifiques au Neuvième Art servant au mieux le récit, notamment l’organisation des planches qui, ici, renforcent la continuité narrative. Ensuite est abordé l’impact herméneutique de certains partis pris éditoriaux et péritextuels d’une part, de certaines infidélités du dessinateur d’autre part. Toutefois ces initiatives ne dénaturent pas l’ambiguïté essentielle du récit. Est donc valorisée dans une dernière partie la remarquable densité du récit et de l’album, pareillement innervés par les problématiques de l’hospitalité, de l’altérité et du devoir et pareillement vivifiés d’une ironie qui tourmente sans jamais conclure.

Linda RASOAMANANA, « Albert Camus’s Guest Submitted to the Test of the “Graphic Novel” through the Mediation of Jacques Ferrandez: Can the Implicit be Expressed by the way of Bubbles? »

While adapting a story as complex as The Guest into a “graphic novel”, Ferrandez faced a real intersemiotic challenge in 2009. Does the plot set in drawings not take the risk of betraying the implicit message at the heart of Camus’s text? It is the question this study addresses. First of all, all the techniques characterizing the Ninth Art (the Graphic Art) that are used to enhance the storytelling of The Guest are analyzed here, particularly the arrangement of the series of drawings which help reinforce the narrative continuity of the story. Moreover, the hermeneutic impact of some voluntary editorial choices on one side, of some original artistic license by Ferrandez on the other, is developed here. However, these decisions made by the artist do not alter the fundamental ambiguity of the plot. In the last part of the “graphic novel”, this study shows the remarkable density and depth of the original story and its successful graphic rendition, both influenced by the themes of hospitality, alterity, duty, and both enhanced by an irony which torments the reader without bringing any conclusion.

Linda RASOAMANANA, El Huésped de Camus a prueba del Noveno Arte por mediación de Ferrández: ¿es posible representar lo implícito por medio de viñetas?

Al adaptar en cómic una novela corta tan compleja como El Huésped de Camus, Ferrández aceptó, en 2009, un auténtico reto intersemiótico. ¿Acaso el relato en imágenes no corre el riesgo de traicionar lo implícito que subyace en lo más profundo del texto camusiano? Es la pregunta a la que este estudio intenta responder. En primer lugar, se analizan todos los dispositivos específicos del Noveno Arte que mejor contribuyen al relato, sobre todo la organización de las láminas que, en este caso, refuerzan la continuidad narrativa. Luego, se aborda el impacto hermenéutico de algunas decisiones editoriales y peritextuales, por una parte, y de determinadas infidelidades del dibujante, por otra. Sin embargo, estas iniciativas no adulteran la ambigüedad esencial del relato. Se destaca, así, en una última parte, la notable densidad del relato y del álbum, igualmente inervados por las problemáticas de la hospitalidad, de la alteridad y del deber e igualmente vivificados por una ironía que atormenta sin concluir jamás.

Michel BARRÉ, Reflets plotiniens dans La Mort heureuse d’Albert Camus .

Dans son Diplôme d’Études Supérieures Métaphysique chrétienne et Néoplatonisme Camus, qui entreprenait alors la rédaction de La Mort heureuse, consacrait une part importante de son étude à Plotin. A lire en parallèle les Ennéades et La Mort heureuse, de multiples reflets des écrits du néoplatonicien se laissent entrevoir dans la première tentative romanesque de Camus. L’itinéraire quasi mystique de Mersault, à la suite de la mort de Zagreus, sa remontée vers la lumière jusqu’à atteindre l’extase mystique : « Et pierre parmi les pierres, il retourne dans la joie de son cœur à la vérité des mondes immobiles », cet itinéraire incluant ascèse et dépouillement, offre des similitudes avec le cheminement de l’âme plotinienne vers l’UN. Mais si l’élan mystique chez Plotin tend vers l’au-delà : « Enfuyons-nous vers notre chère patrie », cet élan chez Camus se réfracte qui affirmera : « Cette union que souhaitait Plotin, quoi d’étrange à la retrouver sur la terre ». Il reste néanmoins, en dépit de cette différence capitale, que ne cessent d’affleurer dans La Mort heureuse des images plotiniennes révélatrices d’une inquiétude métaphysique en même temps que d’un goût de l’élucidation, dualité bien camusienne.

Michel BARRÉ, Plotinian influences in A Happy Death by Albert Camus.

In his post graduate degree thesis, Christian Metaphysics and Neoplatonism, Camus, who at the time had begun work on A Happy Death, devotes a considerable section to the study of Plotinus. Reading The Enneads and A Happy Death side by side allows for numerous influences of the Neoplatonist’s writings to be observed in Camus’s first fictional endeavor. Mersault’s essentially mystical path following Zagreus’s death, his rise toward the light to the point of mystical ecstasy: “And stone among stones, he returns in the joy of his heart to the truth of motionless worlds”, this itinerary including asceticism and austerity, offers similarities with the progression of the Plotinian soul toward the One. But if Plotinus’ mystical momentum extends toward the afterlife: “Let’s flee toward our dear homeland”, the momentum found in Camus’s works goes in a different direction: “The union for which Plotinus hoped, what is strange about finding it on Earth.” In spite of this crucial difference, Plotinian images continue to emerge in A Happy Death, indicative of both metaphysical anxiety and a desire for elucidation—a duality characteristic of Camus.

Michel BARRÉ, Reflejos plotinianos en La Muerte feliz de Albert Camus.

En el trabajo realizado para obtener el Diploma de Estudios Superiores, Metafἰsica cristiana y Neoplatónismo, Camus, que por entonces emprendía la redacción de La Muerte feliz, dedicaba una parte importante de su estudio a Plotino. Si se leen en paralelo las Enéadas y La Muerte feliz, pueden entreverse numerosos reflejos de los escritos del neoplatónico en este primer intento novelesco de Camus. El itinerario casi místico de Mersault, tras la muerte de Zagreus, su ascensión hacia la luz hasta alcanzar el éxtasis místico: «Y piedra entre las piedras, retorna en la alegría de su corazón a la verdad de los mundos inmóviles», incluyendo ese itinerario ascesis y privación, ofrece semejanzas con el recorrido del alma plotiniana hacia el UNO. Pero, si el impulso místico tiende en Plotino hacia el más allá: «Huyamos hacia nuestra querida patria», este impulso se refracta en Camus, que afirmará: «No es extraño encontrar en la tierra esta unión anhelada por Plotino». Perviven, sin embargo, a pesar de esta diferencia capital, imágenes plotinianas, que no dejan de aflorar en La Muerte feliz y que revelan una inquietud metafísica a la vez que una afición a la elucidación, dualidad muy camusiana.

Jemma DUNNILL, « Meursault devant le miroir, un nouveau reflet : The Outsider de Sandra Smith ».

La série incessante des traductions de L’Étranger d’Albert Camus a vu en 2012 la parution d’une nouvelle version anglaise de Sandra Smith : The Outsider. Celle-ci a connu un véritable succès en Angleterre au centenaire de la naissance de l’auteur. En novembre 2013, le centre culturel de Southbank à Londres a présenté une lecture dramatisée du texte intégral de Smith à guichets fermés, dans une mise en scène de James Runcie. L’année suivante cette traduction a été louée aux États-Unis dans une critique pour la New York Review of Books.
Mais pourquoi cette nécessité de traduire à nouveau L’Étranger, l’œuvre majeure qui a déjà été publiée en anglais deux fois au Royaume-Uni et deux fois aux États-Unis ? Cette cinquième version anglaise se justifie-t-elle vraiment ? Qu’apporte-t-elle de plus pour le lecteur anglophone qui n’a pas forcément accès au texte original ? En abordant de telles questions on est incité à réexaminer l’importance de certains éléments de L’Étranger qui en ont fait un chef d’œuvre littéraire. L’accent est mis sur les questions de lexique, sur l’importance des allusions à la religion et sur l’apparition répétitive de certaines expressions comme « cela m’était égal ». Le travail comparatif entre cette dernière traduction et les deux traductions anglaises précédentes (Gilbert, 1946 et Laredo, 1982) éclaire à la fois les qualités des traductions et les qualités intrinsèques du roman.

Jemma DUNNILL, « Meursault before the mirror, a new reflection: The Outsider by Sandra Smith ».

Albert Camus’ L’Étranger has inspired an unremitting series of translations worldwide, which expanded in 2012 to include the new English version by Sandra Smith: The Outsider. This enjoyed huge success in the UK to coincide with the centenary of the birth of the author. In November 2013, Southbank Centre in London hosted a dramatised reading of Smith’s entire text to a full audience, directed by James Runcie. The following year the translation was highly praised in The New York Review of Books.
But why the need to retranslate L’Étranger, a major work that has already been published in English – twice in the UK and twice in the USA? Is this fifth version justified? What more does it bring to the anglophone reader who does not necessarily have access to the original text? The discussion of such questions urges us to reconsider the importance of certain elements of L’Étranger which contribute towards making it a literary masterpiece. The focus will be on questions of lexis, the importance of allusions to religion and the repetition of certain expressions such as « cela m’était égal ». A commentary on the differences between this most recent translation and the two earlier versions published in the UK (Gilbert, 1946 and Laredo, 1982) illuminates both the merits of the translated texts and the intrinsic value of the novel.

Jemma DUNNILL, Meursault delante del espejo, un nuevo reflejo : The Outsider de Sandra Smith.

La serie continua de traducciones de El Extranjero de Albert Camus se enriqueció en 2012 con la parución de una nueva version inglesa de Sandra Smith : The Outsider. Este trabajo gozó de un gran éxito en Inglaterra con el centenario del nacimiento del autor. En noviembre 2013 el centro cultural de Southbank en Londres ofreció una lectura dramatizada del texto intégral de Smith con lleno total, en una puesta en escena de James Runcie. Al año siguiente esta traducción fue alabada en Estados Unidos en una critiqua por la New York Review of Books.
Pero ¿ porqué esta necesidad de traducir de nuevo El Extranjero, la obra maestra que ya fue publicada dos veces en inglés en el Reino Unido y también dos veces en Estados Unidos ? ¿ Esta quinta versión era realmente necesaria ?
¿Cuál es su ventaja para el lector anglófono que no tiene forzosamente acceso al texto original ? Con estas preguntas se nos sugiere reexaminar la importancia de ciertos elementos de El Extranjero que contribuyeron a que sea una obra maestra. Se insiste en la problemática del léxico, en la importancia de las alusiones a la religion y en la aparición repetitiva de ciertas expresiones como « cela m’est égal ». El trabajo comparativo entre esta traducción y las dos inglesas anteriores (Gilbert, 1946 et Laredo, 1982) ponen de relieve tanto las cualidades de las traducciones como las inherentes a la novela.

Sophie CHATZIPETROU, « De l’autorité tragique à la justice autoritaire : Créon de Sophocle et Stepan de Camus ».

Cet essai vise à étudier les figures d’autorité et leur symbolique dans deux pièces théâtrales : Antigone de Sophocle et Les Justes d’Albert Camus. Notre propos est d’examiner les façons dont est représentée l’autorité, incarnée dans les personnages de Créon et de Stepan.
Malgré la loi de la cité imposée par son oncle, Antigone décide d’ensevelir son frère et respecter le nómos ágraphos, la loi non-écrite. Or, elle n’est qu’en partie en dehors de la loi : elle forme avec Créon la double figure d’un même conflit insoluble, ouvrant le débat sur les problèmes d’une autorité trop absolue chez Sophocle. Si leur conflit idéologique et éthique désigne le contraste entre deux règles de vie, deux formes d’idéal et deux sortes de devoirs, il s’articule aussitôt avec celui de Stepan avec Kaliayev dans la pièce de Camus. Le premier, aveuglé par la quête d’une efficacité à tout prix, exige une justice absolue. Cependant, son erreur réside en ce qu’il croit que tout est permis ; sorte d’Antigone féminine, Kaliayev dénie l’absolutisme autoritaire, respectant la juste mesure. Égaré loin des vrais principes de la révolte et exigeant la révolution sans en prendre en compte les conséquences, Stepan devient complice de la tyrannie qu’il veut dénoncer. Comme Créon alors, qui représente plutôt l’être victime d’une illusion qu’il entretient sur son propre compte, Stepan est victime de l’abus du pouvoir envisagé par la révolution. Dans Antigone de Sophocle, comme plus tard dans Les Justes de Camus, le conflit de la justice et de l’autorité se porte à un niveau où il ne peut être résolu que par le choix de la juste mesure. Refusant l’autorité de Créon, Antigone dénonce la tyrannie et condamne son régime totalitaire. Au fur et à mesure, la justice révolutionnaire suggérée par Stepan devient tyrannique, au sens où elle supprime la valeur humaine et la mesure de la révolte. Toutefois, la position politique différente entre Antigone et Créon est issue d’une double et égale légitimité. Ce concept sophocléen – qui reconnaît que le droit se trouve de deux côtés à la fois – résume l’enjeu de la pièce camusienne. « Antigone a raison, mais Créon n’a pas tort » (OC III, p. 1121), affirme Camus. Toutes proportions gardées, Kaliayev a raison mais Stepan n’a pas tort lorsque – obsédé par l’illusion de l’autorité – il réfléchit et agit au nom de la révolution.

Sophie CHATZIPETROU, « From Tragic Authority to Authoritarian Justice : Sophocle’s Creon and Camus’s Stepan ».

This essay proposes to study the authority figures and their symbolism in two plays: Antigone by Sophocles and The Just Assassins by Albert Camus. The goal is to examine the ways in which the authority embodied in the characters of Creon and Stepan is represented.
Despite the law of the land imposed by her uncle, Antigone decides to bury her brother and to respect the nómos ágraphos, the unwritten law. However, Antigone is only partially acting outside the law: she forms with Creon a dual figure of the same irreconcilable conflict, thus opening the discussion of excessively absolute authority in Sophocles’ works. If their ideological and ethical conflict illustrates the contrast between two rules of existence, two types of ideal and two sorts of duty, it relates directly to the conflict involving Stepan and Kaliayev in Camus’s play. The former, blinded by a search for efficacy at all costs, demands absolute justice. His mistake however lies in thinking that anything is permissible; as a sort of feminine Antigone, Kaliayev refuses authoritarian absolutism and attempts to strike a balance, or juste mesure. Having strayed far from the true principles of revolt and demanding a revolution without considering its consequences, Stepan becomes complicit in the very tyranny he wishes to denounce. Like Creon, then, who represents the individual who falls victim to an illusion he holds with regard to himself, Stepan is a victim of the abuse of power envisioned by the revolution. In Sophocles’ Antigone, as in The Just Assassins, the conflict of justice and authority plays out in such a way that it can only be resolved by striking a just balance. Refusing the authority of Creon, Antigone denounces tyranny and condemns his totalitarian regime. The revolutionary justice suggested by Stepan becomes increasingly tyrannical, to the point where it eradicates human value and the just measure of revolt. Notwithstanding, the differing political position between Antigone and Creon is due to a double, equal legitimacy. This Sophoclean concept – which recognizes that the law is found on both sides at once – articulates the issue at stake in Camus’s play. “Antigone is right, but Creon is not wrong” (OC III, p. 1121), affirms Camus. Relatively speaking, Kaliayev is right but Stepan is not wrong when – obsessed by the illusion of authority – he reasons and acts in the name of the revolution.

Sophie CHATZIPETROU, De la trágica autoridad a la justicia autoritaria : Creón de Sófocles y Stepan de Camus.

Este ensayo se propone estudiar los personajes de autoridad y lo que simbolizan en dos obras teatrales : Antigona de Sófocles y los Justos de Alberto Camus. Nuestro propósito es examinar la manera en que se representa a la autoridad plasmada en los personajes de Creón y Stepan.
A pesar de la ley de la ciudad impuesta por su tío, Antigona decide enterrar a su hermano y respetar el nómos ágraphos, la ley no escrita.
Sin embargo, no está del todo fuera de la ley : Ella con Creón constituyen la doble figura de un mismo conflicto insoluble, así se abre el debate sobre los problemas que plantean una autoridad demasiada absoluta en Sófocles. Si el conflicto idéologico y ético que les opone representa el contraste entre dos reglas de vida, dos concepciones del idéal y dos clases de deberes, también de pronto corresponde al que opone Stepan a Kaliayev en la obra de Camus. El primero, obcecado por la búsqueda de la eficacia a toda costa, exige una justicia absoluta. Sin embargo su error está en que cree que todo está permitido ; a semejanza de Antigona mujer, Kaliayev niega el absolutismo autoritario respetando la justa medida. Descaminado lejos de los verdaderos principios de la rébellion y exigiendo la revolución sin tener en cuenta sus consecuencias, Stepan se vuelve cómplice de la tiranía que pretendía denunciar. Como Creón quien représenta más bien el ser víctima de una ilusion que uno entretienne sobre sí mismo, Stepan es una víctima del abuso de poder que propone la revolución. En la Antigona de Sófocles, como más tarde en Les justes de Camus el conflicto entre la justicia y la autoridad llega a tal nivel que no puede ser resuelto sino por la vía de la justa medida. Negando la autoridad de Creón, Antigona denuncia la tiranía y condena su régimen totalitatio. Según pasa el tiempo, la justicia revolucionaria propuesta por Stepan se vuelve tiránica, a medida que va borrando el valor humano y la mesura en la rebelión. Sin embargo, las distintas posiciones de Antigona y Creón son fruto de una doble e igual legitimidad. Este concepto de Sófocles – que reconoce que el derecho está de ambos lados – resume la postura de la obra camusiana. Antigona tiene razón pero Creón no está equivocado affirma Camus. En términos relativos, Kaliayev tiene razón pero Stepan no está equivocado Cuando – obceso por la ilusión de la autoridad – reflexiona y actua en nombre de la revolución.

François BOGLIOLO, « Un étrange toponyme colonial, Marengo, dans L’Étranger de Camus ».

Les leurres dont Camus émaille son œuvre demanderaient une réflexion. Apportons quelques exemples qu’offre L’Étranger. Ce récit – finalisé début 1940 à Paris – fut conçu et commencé à Alger, lieu et époque propices aux censeurs. Toute vérité coloniale n’est pas bonne à écrire. Car il existe un aspect social, donc colonial, qu’il faut masquer. Écrire sous la contrainte, en creux, pour être publié est un art difficile expliquant, qui sait ?, le texte bref. Parmi d’autres subterfuges le village où décède la mère du héros mérite une place de choix. Marengo ? Éclatante victoire ? Comment réduire ce toponyme à un sens transparent quand on connaît la dimension symbolique que Camus accorde au nom : personnages (Meursault) ou villes (Amsterdam). Alors se dévoilent rencontre mortelle et monde pénal. Décrypter la métaphore n’aide-t-il pas à éclairer d’un jour nouveau un isolement, une cécité ?

François BOGLIOLO, A Strange Colonial Toponym, Marengo, in Camus’s The Stranger.

We might reflect on the enticements scattered about in Camus’ work. Consider some examples offered by The Stranger. This story – finished in Paris in early 1940 – was conceived in Algiers at a time when censors reigned; and while all truth is good, not all colonial truth was then good to write. What was social was also colonial and thus had to be hidden. Writing under the constraints of censorship was not straightforward; it was a difficult art that explains – who knows? – the book’s brevity. The village where the hero’s mother dies is a special place. Marengo: a great victory – or a ruse, like so many others? Can the name of this place be so transparent in meaning, when we know the symbolic dimension that Camus gives to names of characters (Meursault) or cities (Amsterdam)? The name itself illuminates for us not only the deadly encounter but also the penal world. Does not deciphering the metaphor shed new light on the isolation and blindness of French Algerians?

François BOGLIOLO, Un extraño topónimo colonial, « Marengo », en El Extranjero de Camus.

Los señuelos con los que Camus salpica su obra exigirían una reflexión. Recordemos algunos ejemplos contenidos en El Extranjero. Este relato – acabado a principios de 1940 en París – fue concebido e iniciado en Argel, lugar y época propicios a los censores. No toda verdad colonial es apta para ser escrita. Pues existe un aspecto social, luego colonial, que conviene enmascarar. Escribir con restricciones, con cierta ambigüedad, para lograr ser publicado es un arte difícil, lo que explica, ¿quién sabe?, la brevedad del texto. Entre otros subterfugios, el pueblo en el que fallece la madre del héroe merece una atención especial. ¿Marengo? ¿Deslumbrante victoria? ¿Cómo reducir este topónimo a un sentido transparente cuando se conoce la dimensión simbólica que Camus otorga a los nombres, de personajes (Meursault) o de ciudades (Ámsterdam)? Entonces se desvelan el encuentro mortal y el código penal. ¿Descifrar la metáfora no ayuda a dar nueva luz a un aislamiento, a una ceguera?

Sophie BASTIEN et Soundouss EL KETTANI, « L’énigme Camus mise en abyme ».

Cet article fournit un compte rendu analytique du spectacle L’Énigme Camus : Une passion algérienne qui fut présenté à Montréal en novembre 2014. Il se divise en deux grands volets. Le premier, « La mise en abyme comme esthétique théâtrale », redevable à Sophie Bastien, se penche surtout sur des problèmes esthétiques. Il présente d’abord l’auteur et le metteur en scène de la pièce, identifie ensuite le corpus qu’elle traite, puisqu’il s’agit d’un montage, puis en analyse la structure métathéâtrale et la forme hétéroclite. Il s’interroge en dernier lieu sur le spectateur, d’autant plus que cette représentation s’apparente au genre documentaire.
Le second volet, « Polyphonie idéologique mise en abyme », écrit par Soundouss El Kettani, s’intéresse à la question idéologique. Soundouss y explore les dispositifs dialogiques qui établissent les liens entre Camus et l’Algérie dans le spectacle. Celui-ci, en effet, expose le blâme porté par plusieurs sur la réaction de Camus au mouvement d’indépendance algérien, défend l’amour de Camus pour une Algérie plurielle et illustre également la manière dont les Français d’Algérie voient dans Camus un rare espoir de préservation de leur mémoire collective.

Sophie BASTIEN et Soundouss EL KETTANI, Camus’ Enigma mise en abyme.

This article provides an analytical review of the play Camus the enigma : an Algerian passion which was performed in Montreal in November 2014. It divides into two major sections. The first, « Mise en abyme and the aesthetics of theatre », authored by Sophie Bastien, mainly considers aesthetic problems. Bastien begins by presenting the author and director of the play, then identifies the material it deals with, since it consists of a montage of texts, and subsequently analyses its metatheatrical structure and its heterogeneous form. Finally the notion of the spectator is examined, the more so as this production has affinities with the documentary genre.
The second section, « Ideological polyphony and mise en abyme », written by Soundouss El Kettani, addresses the issue of ideology. Soundouss explores the techniques of dialogue which establish links between Camus and Algeria in the play. Indeed the work reveals the criticism aimed by several commentators at Camus’s reaction to the Algerian independence movement, defends Camus’s love of a diverse and plural Algeria and also illustrates the way in which French Algerians see in Camus a rare ray of hope for the preservation of their collective memory.

Sophie BASTIEN et Soundouss EL KETTANI, « El enigma Camus mise en abyme »

Este artículo os ofrece una reseña analítica del espectáculo El enigma Camus : una pasión argelina, presentado en Montreal en noviembre 2014. Consta de dos grandes partes. La primera, «La puesta en abismocomo estética teatral», trabajo de Sophie Bastien, atiende sobre todo a los problemas de estética. Presenta, de entrada, al autor y al director de la obra, luego identifica el corpus que examina, puesto que se trata de un montaje, y a continuación analiza la estructura metateatral y la forma heteróclita. Al final se interroga sobre el espectador, ya que esta representación tiene rasgos comunes con el género documental.
La segunda parte, «Polifonía ideológica puesta en abismo», la debemos a Soundouss El Kettani, quien examina la cuestión ideológica. Soundouss explora los dispositivos dialógicos que establecen los lazos entre Camus y Argelia en el espectáculo. El crítico pone de manifiesto la reprobación de diversas personas en lo que toca a la actitud de Camus frente al movimiento de independencia argelino,luego defiende el amor de Camus por una Argelia plural y también comenta la manera en que los franceses de Argelia veían en Camus una poco compartida esperanza de preservar su memoria colectiva

PRÉSENCE D’ALBERT CAMUS
n°6 JUIN 2014

SOMMAIRE

Agnès SPIQUEL, Éditorial

Albert CAMUS, « Le Bal des petits Lits blancs »
(avec une présentation de François BOGLIOLO)

CONTRIBUTIONS

Nathalie FROLOFF
« « Pluies de New York », une écriture photographique des impressions »
Hans Peter LUND
« Camus et la situation internationale dans les années 50 : la tragédie »
Pierre-Louis REY
« L’Été, variations sur un thème solaire »
Moez LAHMÉDI
« Caligula, le pédagogue et ses disciples »
Bertrand MURCIER
« Dans l’ombre et la lumière de Camus : Le Premier Homme de Gianni Amelio »
Jean-Pierre BÉNISTI
« Camus et les architectes d’Alger »

Travaux universitaires

Nedjib SIDI MOUSSA, Devenirs messalistes (1925-2013)
Vincenzo MAZZA, Jean-Louis Barrault – Albert Camus : l’enjeu de L’État de siège

Comptes-rendus

Albert Camus – Roger Martin du Gard, Correspondance, C. Sicard éd. (Alexis LAGER) ; Albert Camus – Francis Ponge, Correspondance,
J.-M. Gleize éd. (Marie-Thérèse BLONDEAU) ; Albert Camus – Louis Guilloux, Correspondance, A. Spiquel-Courdille éd. (Guy BASSET) ; Albert Camus, R. Gay-Crosier et Agnès Spiquel-Courdille dir. (Hans Peter LUND) ; P. Audi, Qui témoignera pour nous ? (Agnès SPIQUEL) ; J. Guérin, A. Camus. Littérature et politique (Agnès SPIQUEL) ; L. Arrizabalaga, Le Combat de Camus (Vincent GRÉGOIRE) ; È. Morisi, A. Camus, le souci des autres, (Anne-Marie TOURNEBIZE) ; I. Radisch, Das Ideal der Einfachheit ; A.-K. Reif, A. Camus. Vom Absurden zur Liebe (Brigitte SÄNDIG) ; A. Camus, l’histoire d’un style, A. M. Paillet dir. (Guy BASSET) ; Pourquoi Camus ? E. Castillo dir. (Anne-Marie TOURNEBIZE) ; A. Camus, RHLF, J. Guérin dir. (Agnès SPIQUEL ; Retrouvailles camusiennes, Synergies Inde (Hélène RUFAT).

Bibliographie

Vie de la Société des Études Camusiennes

Disparitions : Catherine Sellers, Jean-François Mattéi

Abstracts des contributions

RÉSUMÉS/ABSTRACTS des contributions :

Nathalie FROLOFF, « “Pluies de New York”, une écriture photographique des impressions »

Au printemps 1946, Camus part pour l’Amérique du Nord où il donne une série de conférences à la demande des Services culturels du Quai d’Orsay.
Au retour de son voyage, il écrit « Pluies de New-York » à partir des notes prises sur place mais aussi des lettres envoyées à Michel et Janine Gallimard, ses fidèles amis restés à Paris. Cette brève chronique paraît dans la revue suisse d’André Held, Formes et couleurs (n° 6, 1947), et constitue le texte d’ouverture de ce numéro consacré aux États-Unis. « Pluies de New-York » est encadré de deux photos en pleine page, l’une de Stieglitz, « Averses printanières », célèbre cliché du photographe américain, aux accents whistlériens, et d’une photo de Cartier-Bresson, « Washington : où garer sa voiture ? »
Depuis le New-York de Morand, les écrivains français se sont emparés de la ville tentaculaire, « île aux trois rivières », emblématique de mystère et de modernité. Camus, par ce texte écrit à partir de ses impressions, s’inscrit dans cette filiation littéraire en proposant un article personnel, loin du bruit et de la fureur politiques, à la différence de Sartre. Cette chronique new-yorkaise permet ainsi de garder une trace de ce voyage intense et constitue un contrepoint éclairant aux conférences prononcées devant le public américain. Camus y dresse le portrait d’une ville qui lui échappe et pourtant le séduit, en témoignant d’« images contrastées », aux accents mélancoliques.

Nathalie FROLOFF, « “Pluies de New York”, a photographic rendering of impressions »
In the Spring of 1946, Camus set out for North America where he gave a series of lectures at the request of the cultural service of the Quai d’Orsay (Ministry for Foreign Affairs).
On his return from the trip, he wrote « Pluies de New York (Rain in New York) » from notes jotted down in situ but also from letters sent to Michel and Janine Gallimard, his faithful friends who had remained in Paris. This brief chronicle appeared in André Held’s Swiss review Formes et couleurs (no.6, Nov 1947), and constitutes the opening text of this number devoted to the United States. « Pluies de New York » was framed by two full-page photographs, one by Steiglitz, « Spring Showers », a famous shot by the American photographer redolent of Whistler, and a photo by Cartier-Bresson, « Washington : where to park your car? »
Ever since Morand’s New York, French writers have seized on the sprawling city, “island amid three rivers”, the embodiment of mystery and modernity. Camus, in this text composed from his own impressions, locates himself within this literary inheritance by proposing a personal article, far removed from the political sound and fury, unlike Sartre. This chronicle of New York also provides a means to preserve a trace of the intense journey and furnishes an illuminating counterpoint to the lectures delivered to the American public. In it Camus draws a portrait of a city which eludes him and yet entrances him, bearing witness to « contrasting images » with melancholy resonances.

Hans Peter LUND, « Camus et la situation internationale dans les années 50 : la tragédie »
La notion de « tragédie » apparaît souvent chez Camus au cours des années 50 pour désigner la situation indépassable dans laquelle peuvent se trouver les hommes révoltés aussi bien que l’artiste qui se sent isolé de la collectivité. Pour Camus lui-même, l’activité journalistique dans Combat avait été le moment d’une activité commune et efficace qui trouvera son contrepoint dans son isolement après le débat autour de L’Homme révolté. En même temps, la situation internationale, les révoltes réprimées en Pologne, en RDA et en Hongrie, l’Espagne franquiste et tout particulièrement la guerre d’Algérie, sans issue pour Camus sur le plan personnel aussi, sont autant de tragédies. En 1956, son « Appel pour une trêve civile » s’exprime sous la forme d’un je faisant appel à un nous, correspondant à son projet d’une association des deux peuples d’Algérie engagés dans la guerre civile. Cependant, là comme ailleurs, le conflit ne se laisse pas surmonter, et la notion de « tragédie » finit par former la trame sur laquelle il élabore ses interventions d’homme engagé et à travers laquelle il voit sa propre situation.

Hans Peter LUND, « Camus and the international situation in the 1950’ »
The concept of tragedy often appears in Camus’s works in the 50s to describe the unsurpassable situation in which rebelling men can find themselves as well as the artist who feels isolated from the community. For Camus himself, journalistic activity at Combat had been a time of common and effective activity which would find its counterpoint in the author’s isolation after the debate around L’Homme révolté. At the same time, the international situation, the suppressed revolts in Poland, East Germany and Hungary, Franco’s Spain, and especially the war in Algeria which was hopeless for Camus on a personal level, are as many tragedies. In 1956, his “Call for a civil truce” is expressed in the form of an “I” referring to a “you”, a “you” corresponding to his project of a combination of the two peoples of Algeria engaged in the civil war. However, here as elsewhere, the conflict doesn’t find a solution, and the notion of “tragedy” eventually ends up forming the frame on which Camus develops his interventions as an “involved man” and through which he sees his own situation.

Pierre-Louis REY, « L’Été, variations sur un thème solaire »
Moins célèbre que Noces (1939), L’Été (1954) en est à certains égards le pendant. Écrits de 1939 à 1953, ses huit textes témoignent de l’évolution d’un homme, mais ils sont unis par un « thème solaire». Plutôt qu’une saison, le titre du recueil désigne cet espoir qui, jusqu’au cœur de l’hiver, perdure chez l’homme à la manière d’« un été invincible ». Mais le bonheur n’est plus donné, comme dans Noces : le poids des années et les épreuves de la guerre obligent désormais à le conquérir. L’Été n’est pas l’œuvre la plus accomplie de Camus, mais celle qui propose la palette la plus diversifiée de sa pensée et de son génie d’écrivain. Du parler des Français d’Algérie, maîtrisé par la facture classique de L’Étranger, « Le Minotaure » offre des échantillons que Le Premier Homme aurait eu vocation à développer. « Les Amandiers » font écho à la pensée de Nietzsche. « Prométhée aux enfers » relaie Le Mythe de Sisyphe pour nous faire accéder, grâce à une lucidité accrue, de l’absurde à la révolte. « Petit Guide pour des villes sans passé » témoigne plaisamment des partis pris locaux. « L’Exil d’Hélène » est à la fois une ode à la Beauté, dont la civilisation moderne se détourne, et un prélude à la « pensée de midi », rayonnante à la fin de L’Homme révolté. « L’Énigme » accompagne une réflexion sur le langage amorcée dans un dialogue avec Brice Parain. Retour à Tipasa inaugure ce qui devait être l’« étage de l’amour ». « La Mer au plus près », enfin, est un poème lyrique. Camus poète ? Au fil du recueil s’est esquissé le génie, éclatant dans « La Postérité du soleil », de celui qui avait élu en René Char un fraternel compagnon d’inspiration.

Pierre-Louis REY, « L’Été, variations on a solar theme »
L’Été (1954), even though a less famous than Noces (1939), is in some respects its mirror image. These eight texts written from 1939 to 1953 testify to the evolution of a writer, but are also united by a solar theme. More than a simple reference to a season, the title of this collection alludes to the hope which persists in humans like an “invincible summer” in the “heart of winter”. But happiness is no longer a given in these stories, like in Noces. The weight of years and the hardships of war now oblige the reader to conquer it. L’Été is not the most accomplished work of Camus, but it is the one that offers the most diverse range of his thoughts and his genius as a writer. “Le Minotaure” offers linguistic samples of the “classic style” of French Algerian spoken language, a language already illustrated in L’Étranger and that Le Premier Homme would probably have developed. “Les Amandiers” mirrors Nietszche’s thought. “Prométhée aux enfers” provides a sequel to Le Mythe de Sisyphe enabling the reader to get from Absurd to Revolt, by means of increased lucidity. “Petit guide pour des villes sans passé” light-heartedly reflects local prejudices. “L’Exil d’Hélène” is both an ode to beauty which modern civilization turns away from, and a prelude to the “pensée de midi” which shines at the end of L’Homme révolté. « L’Énigme » extends a reflection on language that began in a dialogue with Brice Parain. “Retour à Tipasa” inaugurates what was intended to be the “stage of love”. “La Mer au plus près” finally is a lyrical poem. Therefore: Camus, a poet? Throughout the collection of texts, his genius is in evidence, particularly in “La Postérité du soleil”. It is the genius of a writer who found in René Char a fraternal companion and a source of inspiration.

Moez LAHMÉDI, «Caligula d’Albert Camus, le pédagogue et ses disciples »/strong>
La critique camusienne a toujours marginalisé le thème de l’apprentissage et la figure du pédagogue dans Caligula au profit de la question philosophique, certes centrale, de l’absurdité et du nihilisme. Pourtant, les quatre actes de la pièce sont placés sous le double signe de l’apprentissage et du savoir. Un savoir que l’empereur-professeur s’efforcera de transmettre à ses apprenants qui forment une classe hétérogène et ce, en appliquant différents types de pédagogie.

Moez LAHMÉDI, « Caligula by Albert Camus, the pedagogue and his disciples »
Camusian criticism has always marginalized the theme of learning and the motif of the teacher in Caligula in favor of the central philosophical question, indeed central, of absurdity and nihilism. However, the four acts of the tragedy are placed under the double sign of learning and knowledge. A knowledge which the emperor-professor will endeavor to transmit to his students, who form a miscellaneous classroom, by applying various kinds of pedagogy.

Bertrand MURCIER, « Dans l’ombre et la lumière de Camus : Le Premier Homme de Gianni Amelio »
En 2013 sortait en France l’adaptation par Gianni Amelio du Premier Homme d’Albert Camus. Cette transposition cinématographique reprend un grand nombre d’épisodes du roman en les concentrant autour de 1924 (fin des études primaires de Jacques Cormery) et 1957 (une visite en Algérie où il revoit ses proches : sa mère, son oncle , son vieil instituteur). L’accent est nettement mis sur l’engagement politique de Jacques, dans le contexte de l’actualité menaçante en 1957 et du statut d’intellectuel reconnu du protagoniste. Le film rééquilibre à sa façon les allers retours entre l’enfance et l’âge mûr, avec un jeu temporel subtil et parfois spécifiquement cinématographique. Amelio a inventé quelques scènes absentes du livre mais tout à fait dans la ligne de sa composante autobiographique, dans laquelle la quête du père est pleinement reprise en compte. C’est à travers une esthétique très classique que les images et le son prennent le relais du texte : cadrages, lumière et musique, flux des séquences et direction des acteurs témoignent davantage d’un respect admiratif que d’audaces personnelles de la part du réalisateur.

Bertrand MURCIER, « In the Camus’ shadow and light : Le Premier Homme of Gianni Amelio »
In 2013 the cinema adaptation by Gianni Amelio of Albert Camus’ The First Man was released in France. This film version reproduces a large number of episodes in the novel, concentrated around 1924 (the end of Jacques Cormery’s primary school education) and 1957 (a visit to Algeria to see his family and acquaintances : his Mother, his uncle, his old primary-school teacher). The emphasis is placed on Jacques’ political involvement, with reference to the menacing events of 1957 and the protagonist’s status as a prominent intellectual. The film rebalances in its own manner the flashbacks and flash-forwards between childhood and adulthood, with a subtle and sometimes specifically cinematic interplay of time-shifts. Amelio has invented certain scenes not present in the book but quite in keeping with its autobiographical ingredients, in which the search for the father is fully represented. In line with a thoroughly classical aesthetic the images and soundtrack support the text : composition, lighting and music, the editing of sequences and the acting style testify more to admiring respect than to bold personal gestures on the part of the director.

Jean-Pierre BÉNISTI, “Camus et les architectes d’Alger”
Dans les années 30, Albert Camus fréquentait un groupe de jeunes gens épris de littérature et de philosophie, qui comprenait de futurs écrivains comme Max-Pol Fouchet, de futurs peintres comme Louis Bénisti ou René-Jean Clot, mais aussi de futurs architectes, comme Louis Miquel ou Jean de Maiisonseul.
Jean de Maisonseul, qui étudiait l’architecture à l’École des Beaux-arts d’Alger, sous la direction de Léon Claro, leur fit visiter la Casbah et les initia aux nouvelles conceptions architecturales exprimées par Le Corbusier. Lorsque ce dernier vint à Alger, c’est aussi Maisonseul qui le conduisit dans la Casbah.
L’un des premiers textes écrits par Camus, la Maison mauresque, décrit une villa bâtie par Claro.
Lorsque Camus dirigea le théâtre du Travail, puis le théâtre de l’Équipe, il retrouva les architectes Louis Miquel et Pierre-André Émery, qui partageaient avec lui une conception tout à fait architecturale du décor de théâtre.
En septembre 1954, un séisme détruisit la ville d’Orléansville (aujourd’hui Chlef). Camus se rendit sur les lieux, en compagnie de Maisonseul et des architectes Miquel et Simounet. Ces deux architectes étant chargé de faire les plans d’un théâtre au sein d’un centre culturel, Camus les conseilla pour la construction de l’espace scénique. Ce centre culturel fut inauguré en avril 1961

Jean-Pierre BÉNISTI, « Albert Camus and the architects of Alger »
In the 1930s, Albert Camus frequented a group of young people who were passionate about literature and philosophy, including future writers such as Max-Pol Fouchet, future painters such as Louis Bénisti or René-Jean Clot, but also future architects such as Louis Miquel and Jean de Maisonseul. Jean de Maisonseul, who studied architecture under Léon Claro at the Algiers École des Beaux-Arts, took them to visit the Casbah and introduced them to the new architectural thinking formulated by Le Corbusier. When Le Corbusier himself came to Algiers, it was also Maisonseul who acted as his guide in the Casbah. One of the earliest texts written by Camus, ‘La Maison mauresque’, describes a villa built by Claro. When Camus directed the Théâtre du Travail, subsequently the Théâtre de l’Équipe, he made contact once more with the architects Louis Miquel and Pierre-André Émery, who shared his profoundly architectural conception of the theatre. In September 1954, an earthquake destroyed the town of Orléansville (now Chlef). Camus visited the site, accompanied by Maisonseul and the architects Miquel and Simounet. These two architects had been given the job of drawing up plans for a theatre at the heart of a cultural centre, and Camus advised them on the construction of the stage space. The cultural centre was inaugurated in April 1961.

Présence d’Albert Camus
n°5 – automne 2013 Hommages

SOMMAIRE

Ouverture par Guy BASSET

D’Alger à Paris, la Sorbonne et Camus
Textes de Jean Grenier, Jacques Heurgon, René Poirier

La naissance des études universitaires camusiennes en France : Clermont-Ferrand
Paul VIALLANEIX, « Premier Tombeau ? »
Anne-Marie TOURNEBIZE, Entretien avec Jacqueline COULON
Hiroshi MINO, « En témoignage »
Roger QUILLIOT, « Introduction à l’exposition Albert Camus Clermont-Ferrand 1980 »
Paul VIALLANEIX, « Hommage à Roger Quilliot »
Travaux universitaires réalisés à Clermont-Ferrand

Le rayonnement international de Camus à partir de Gainesville (États-Unis)
Raymond GAY-CROSIER, « Petite histoire d’un site camusien (1967-2013), Université de Floride, Gainesville (États-Unis) »
John LAMBETH, « Hommage to Raymond Gay-Crosier »
Participants aux colloques de Gainesville (1970 et 1980)
Extrait de la discussion ayant suivi la communication de Brian T. Fitch (colloque de Gainesville 1970)
Un florilège d’études camusiennes : la série Albert Camus de la Revue des Lettres Modernes

Un relais de consolidation des études camusiennes : Amiens
Agnès SPIQUEL, « Quand Jacqueline Lévi-Valensi faisait rayonner Amiens…»
Jacqueline LÉVI-VALENSI, « La Méditerranée d’Albert Camus : une mythologie du réel »
Zedjiga ABDELKRIM, Mohamed-Kameleddine HAOUET, « L’aventure de la thèse : deux témoignages »
Quelques questions à Hiroki TOURA
Mohamed-Kameleddine HAOUET, « Le revolver »
Waël RABADI, « La réception critique d’Albert Camus dans quatre pays de l’Orient Arabe : l’Égypte, la Syrie, le Liban et la Jordanie. Bilan et perspective»
Thèses, colloques et publications

Disparitions

Tables de concordance entre les deux volumes de la Pléiade (Essais et Théâtre, récits, nouvelles) de la première édition et l’édition chronologique en quatre volumes (2006-2008)

Présence d’Albert Camus
n°4 – 2013

SOMMAIRE

Entretien d’Albert CAMUS avec Gaëtan PICON

CONTRIBUTIONS :
Arnaud CORBIC, « L’Étranger de Luchino Visconti (1967
Philippe SVANDRA, « Sauver les corps, pour que l’avenir demeure possible »
Alexis LAGER et Franck PLANEILLE, « Une œuvre à « deux visages » : Échos, intertextes et réécritures dans La Postérité du Soleil »
Vincent GRÉGOIRE, « Le football : clé symbolique de l’œuvre de Camus »
Guy BEDOUELLE, « Les esquisses d’un artiste »
Beate MÜNSCHKE, « La réception d’Albert Camus par les écrivains dans la Pologne d’après-guerre »

DOCUMENTS :
Au fil des années et des parutions (Henri Hell)

ÉTUDES UNIVERSITAIRES :
Rémi LARUE, « Aux origines des positions d’Albert Camus dans la guerre d’Algérie ? Entre journalisme et philosophie ? »

COMPTES-RENDUS d’ouvrages par André ABBOU, Marie-Louise AUDIN, Guy BASSET, Jean-Louis BENEZECH, Anne-Marie TOURNEBIZE, Philippe VANNEY, David H. WALKER

BIBLIOGRAPHIE
VIE de la Société des Études Camusiennes
DISPARITIONS : Marguerite DOBRENN, François CHAVANES
ABSTRACTS des contributions

RÉSUMÉS/ABSTRACTS du numéro :
Arnaud CORBIC,« L’Étranger de Luchino Visconti (1967) »
Alors qu’Albert Camus a toujours refusé, de son vivant, l’adaptation cinématographique de L’Étranger, après sa mort, Francine Camus, la veuve de l’écrivain, elle-même réticente, consent finalement, sur le conseil de ses amis, à céder les droits cinématographiques du roman au producteur italien Dino De Laurentiis qui les acquiert. Mais il est stipulé dans le contrat qu’elle choisit elle-même le co-scénariste (qui sera le camusien Emmanuel Roblès, garant de la fidélité au roman), ainsi que le réalisateur. Le choix de Francine Camus s’arrête finalement sur Luchino Visconti. Elle exigea de celui-ci la fidélité la plus littérale au roman et s’opposa au premier scénario du cinéaste italien – co-écrit avec Georges Conchon et Suso Cecchi D’Amico – qui relisait l’histoire de Meursault à la lumière des événements ultérieurs survenus en Algérie, en l’inscrivant notamment dans le contexte de la guerre d’Algérie. Toutefois, grâce au regard de Visconti, L’Étranger (Lo straniero) entretient d’intimes connivences avec le roman d’Albert Camus

Arnaud CORBIC, « Luchino Visconti’s movie L’Étranger [The Stranger] (1967)”
Although Albert Camus always refused any film adaptation of The Stranger during his lifetime, after his death, his wife Francine, herself reluctant at first, finally agreed, on the advice of her friends, to sell the film rights of the novel to the Italian movie producer Dino de Laurentiis. But it was stipulated in the contract that she would choose the co-writer herself (it would be the Camusian Emmanuel Roblès, responsible for the faithful adaptation of the novel), as well as the director, Italian filmmaker Luchino Visconti. Francine Camus demanded a strict fidelity to the novel and refused the first scenario put forward by Visconti – a scenario co-written by Georges Conchon and Suso Cecchi D’Amico – which rewrote the story of Meursault in the light of subsequent events, notably by placing it within the context of the Algerian War. However, thanks to Visconti’s perception, The Stranger (Lo straniero) maintained close connections to Camus’s novel.

Philippe SVANDRA, « Sauver les corps, pour que l’avenir demeure possible »
Si Albert Camus n’a jamais réellement traité de la question du soin directement, cet article cherche à montrer combien sa pensée est à la source de l’engagement soignant. Ce sentiment d’impuissance face à l’absurdité de ce monde « déraisonnable » que Camus ne cesse d’évoquer dans ses ouvrages parle en effet naturellement aux soignants qui sont en contact quotidiennement avec la maladie, la vulnérabilité, la souffrance et la mort.
Face aux différentes figures du mal, la seule réponse moralement possible pour Camus, c’est la révolte. Ainsi, face à la peste qui fauche sans distinction les habitants d’Oran, les actions qu’organisent le docteur Rieux et ses compagnons relèvent d’une forme de révolte contre l’inacceptable. En se battant pied à pied avec peu de moyens, Rieux n’a au fond qu’un seul but : sauver les corps, pour que l’avenir demeure possible.
Forme d’obligation morale, de convocation à l’action, le soin en reconnaissant l’humanité de l’autre nous permet ainsi de conserver toute la nôtre. Dès lors, comme Sisyphe, il est possible d’imaginer le soignant heureux.

Philippe SVANDRA, « Save the bodies, so that the future is possible »
If Camus never really addressed the issue of caregiving directly, this article seeks to show how his thought is at the source of caregiver engagement. The feeling of powerlessness against the absurdity of this unreasonable world regularly developed by Camus in his works speaks in a very natural way to caregivers who are in daily contact with sickness, vulnerability, suffering and death. In response to the various forms of evil, the only moral answer for Camus is to revolt. Thus, faced with the plague that is mowing indiscriminately the Oran inhabitants, the assistance organized by Doctor Rieux and his companions reflects a type of revolt against the unacceptable. By fighting toe to toe with few resources, Rieux essentially has one goal: saving the body, so the future is possible. As a form of moral obligation as well as a call to action, the care provided to others, while recognizing their humanity, allows caregivers to conserve theirs. As a result, it is possible to imagine the caregiver happy, the way Camus’s Sisyphus is.

Alexis LAGER et Franck PLANEILLE, « Une œuvre à « deux visages » : Échos, intertextes et réécritures dans La Postérité du Soleil »
Cet article tire son origine du dialogue amical, entamé début 2009, entre Franck Planeille et Alexis Lager. Analysant les intertextes et les échos à l’œuvre dans La Postérité du soleil, il s’agit de questionner le rapport que Camus entretient avec l’œuvre de Char et de tenter d’éclaircir la notion d’identité créatrice. Comment cette œuvre singulière, aux accents chariens, évite-t-elle l’écueil du plagiat sans se limiter à un simple exercice d’admiration ? Nous verrons qu’elle se constitue plutôt comme une chambre d’échos où des thèmes fondateurs de l’œuvre camusienne émergent de l’enchantement de la lecture de celle de Char. Camus semble alors se recentrer, se réorienter au coeur de sa propre création dans cette fusion-confrontation de sa voix avec celle du poète.

Alexis LAGER et Franck PLANEILLE, « A two-face work : echoes, intertexts and rewritings in La Postérité du soleil [Posterity of the Sun]« 
This article was born at the beginning of 2009 out of a friendly dialog between Frank Planeille and Alexis Lager. While analyzing the intertexts and echoes at work in Posterity of the Sun, this study focuses on the particular interest Camus had for Char’s works, and it tries to shed light on the notion of creative identity. How did this singular work characterized by Charian accents avoid the pitfall of plagiarism without limiting itself to a simple exercise in admiration/praise? We will see that this work is shaped like an echo chamber where the founding themes of Camus’s works emerge from the enchantment of reading Char’s. Camus seems then to recenter himself at the heart of his own creation within the confrontation-fusion of his voice with the poet’s.

Vincent GREGOIRE, « Le football : clé symbolique de l’œuvre de Camus »
Camus a toujours été passionné par le football. A l’école, c’était un joueur intrépide qui se donnait à fond à ce sport malgré l’interdiction de sa grand-mère de ne pas y jouer pour ne pas abîmer ses chaussures. Sa courte « carrière » de gardien de but pour le RUA (Racing Universitaire Algérois) va être interrompue à 17 ans par des attaques de tuberculose qui vont progressivement détériorer sa santé. Le rêve du jeune Camus de faire carrière dans ce sport est fini ; mais l’adolescent n’oubliera jamais les valeurs qu’il y a apprises : camaraderie, loyauté, honneur, fairplay, abnégation, courage physique, mais aussi l’importance de posséder un solide esprit de lutte, une très grande volonté de gagner et une attitude digne dans la défaite. Dans cette étude, nous allons développer le rôle et l’influence du football dans la vie de Camus et dans ses œuvres de fiction

Vincent GREGOIRE, “Soccer : a Symbolic Key to Understand Camus’s Works of Fiction”
Camus always loved soccer. At school he was a fearless player. But his short “career” as a goal keeper for the RUA (Racing Universitaire Algérois) comes to an end at age 17 with the first attacks of tuberculosis which will plague his entire life. His dream of playing soccer competitively is over. Nevertheless, he will never forget the values he acquired: camaraderie, loyalty, honor, fair play, abnegation, physical courage, but also a fighting spirit, a tremendous will to win, and a dignified attitude in defeat. In this study, we will develop the role and influence of soccer, first in Camus’s life, and then in his works of fiction.

Guy BEDOUELLE, « Les esquisses d’un artiste »
Dans sa leçon inaugurale du premier colloque sur les Carnets de Camus, Guy Bédouelle a centré son propos sur la notion de beauté comme thème principal de l’oeuvre de l’écrivain. Il explique que le mot “beauté” est au centre de la réflexion sur le concept “d’artiste”. Guy Bedouelle est décédé en Mai 2012 et son texte n’est pas paru dans les actes du colloque.

Guy BEDOUELLE, « Sketches of an artist »
Guy Bédouelle, in the opening presentation to the first Colloquium on Camus’s Carnets [Notebooks] held in Angers in November 2010, focuses on beauty as the main theme of the writer’s opus. He explains that the word “beauty” is at the center of a reflection on the concept of “the artist”. Guy Bédouelle died in May 2012 and his paper was not included in the conference proceedings.

Beate MÜNSCHKE, « La réception d’Albert Camus par les écrivains dans la Pologne d’après-guerre »
Cet article analyse la réception littéraire des oeuvres de Camus par les écrivains polonais de l’après-guerre en réaction avec l’arrière-fonds idéologique du “réalisme social” et du contrôle éditorial exercé par les autorités communistes. Le profond intérêt des écrivains polonais pour les oeuvres de Camus ne peut être expliqué uniquement par les innovations esthétiques de l’écrivain, mais doit prendre en compte les aspects moraux et psychologiques des personnages peints dans ses oeuvres, plus particulièrement celui de Clamence (dans La Chute). Les écrivains polonais – par exemple Kazimierz Brandys or Jaroslaw Iwaszkiewicz – ont décrits des caractères qui montrent une ambivalence semblable. Cette innovation apparue pendant l’ére communiste provient de façon décisive de l’influence des oeuvres de Camus

Beate MÜNSCHKE, « The Reception of Camus’s Works in Post-WWII Poland »
This paper analyzes the literary reception of Albert Camus’s works by Polish writers during the post-war period by putting it against the background of Social Realism and the editorial control imposed by Communist authorities. The deep interest of Polish writers in Camus’s works cannot be explained only by the writer’s aesthetic innovations, but also because of the complex moral and psychological depictions of his protagonists, particularly of Clamence in La Chute [The Fall]. Polish writers – such as Kazimierz Brandys or Jaroslaw Iwaszkiewicz – developed characters with similar ambivalence. This innovation in Polish literature during the Communist era was decisively influenced by Camus’s works.

Au sommaire des numéros précédents

N°3 2012

Libres propos sur la littérature : textes d’Albert CAMUS présentés par Guy BASSET, Neil FOXLEE et David WALKER.

CONTRIBUTIONS
Linda RASOAMANANA, « Quand le roman se met au parfum de l’enfance, c’est le bouquet dans Le Premier Homme de Camus »
Nikolaj LÜBECKER, « Camus, Bataille et la morale de la révolte »
Gabriella FIORI, « Albert Camus et Simone Weil : à la recherche d’un dialogue secret »
Chia-hua HSU, » « Albert Camus et la problématique du patrimoine »
Guy BASSET, « Camus chez Pauvert »
Hiroyuki TAKATSUKA, « La version originale du Cahier I – ses feuillets et leur chronologie », précédé de André ABBOU, « À la source de l’œuvre d’A. Camus : la boîte à artifices des Carnets »
Christiane CHAULET-ACHOUR, « Camus, l’Algérie et ses écrivains »

DOCUMENTS
Florilège de Renaissances (1944-1945) textes de A.-Henry Rochefort, J.P. Sicard, C. de Fréminville, P. Maulet.

Études universitaires
Jean-Philippe NADEAU, « La plume et le glaive : Caligula et la création littéraire chez Camus »
Laïla ABDEL LATIF IBRAHIM, « Le Premier Homme d’Albert Camus : Autobiographie et dialogisme »

Comptes-rendus des ouvrages de Valeria TURA, Michel ONFRAY, et des ouvrages collectifs Albert Camus contre la peine de mort Ève MORISI éd., Études camusiennes n°10, Albert Camus, Pour l’Espagne : discours de liberté H. RUFAT éd., Albert Camus un écrivain de notre temps, Camus now.

Bibliographie

Bloc-notes internet

Vie de la Société des Études Camusiennes

n°2 2011

Interview inédite d’Albert CAMUS (1952) présentée par Raymond Gay-Crosier

CONTRIBUTIONS
François VEZIN, « Albert Camus, René Char, Martin Heidegger »
Jason HERBECK, « Noces à Tipasa d’Albert Camus : État des lieux d’une relation précaire »
Brigitte SÄNDIG « Camus est-il moderne ? »
Waël RABADI et Isabelle BERNARD, « Meursault et son double arabe, L’empreinte de L’Étranger dans l’œuvre de Baha Taher ».
Guy AURENCHE, « Albert Camus comme une source ».
Boualem SANSAL, « Mezghenna ou le premier homme ».

DOCUMENTS
Roger QUILLIOT, « Autour d’Albert Camus et du problème socialiste » suivi d’une lettre d’Albert Camus à Roger Quilliot

Études universitaires
Morgane CASTELHOOT, « Les Possédés : moyen d’actualiser un roman. »

Comptes-rendus des ouvrages de Adèle KING, Jean-Luc MOREAU, Robert ZARETSKY, Neil FOXLEE et des ouvrages collectifs Études camusiennes n°9, Albert Camus 22, Camus et l’histoire, Lectures d’Albert Camus – rencontres méditérranéennes, French Review (volume 83, n°6), Albert Camus, l’écriture des limites Mustapha TRABESLI éd., Camus aujourd’hui – Expressions maghrébines hiver 2010, Albert Camus « le premier homme a 50 ans, Approches n°141, Sorge und Verheissung Brigitte SÄNDIG et Kerstin SCHIMMEL éd.

Bibliographie
« Au Théâtre »

Bloc-notes internet

Vie de la Société des Études Camusiennes
Disparitions : Claude Sigaud, Simone Valère, Tony Judt .

n°1 2010

Autour de quelques peintres et de l’art (Galliéro, Mayo, Prassinos, Edy-Legrand, Art), textes d’Albert Camus

CONTRIBUTIONS
Roger GRENIER, « Camus chez Gallimard »
Fernande BARTFELD, « Camus et la littérature ouvrière »
David WALKER, « Camus parle du théâtre »
David STEEL, « Deux poids deux mesures : Camus, Béraud »
Avdi VISOKA, « L’image de Camus au Kosovo »
Jacques FERRANDEZ, « L’Hôte (texte et dessin) »

DOCUMENTS
Paul MATHIEU, « Petite histoire de la Khâgne africaine »

Études universitaires
Alexis LAGER, La Postérité du soleil, une œuvre en « commune présence »

Comptes rendus des ouvrages de Catherine CAMUS, de José LENZINI, Virgil TANASE, Jean SARROCHI, Sylvie PORTNOY LANZENBERG, et des ouvrages collectifs Dictionnaire Albert Camus Jeanyves GUERIN éd., Albert Camus contemporain Dolorès LYOTARD éd., Albert Camus et les libertaires Lou MARIN éd.

<strong>Bibliographie
Virginie LUPO, « Au théâtre »

Bloc-notes.
Philippe BEAUCHEMIN, « Vu sur le net »
Lu pour vous sur le net : Dominique RABATÉ, Guy BASSET.
De quelques adaptations de Camus à l’écran
Hélène RUFAT, Une pièce espagnole sur Camus

Vie de la Société des Études Camusiennes
Manifestations autour de l’œuvre de Camus
Disparitions : Odette Garcia, Pierre Vaneck, Georges Wilson

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