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SUMMARY:Premier bilan du colloque "Albert Camus et l'Algérie coloniale" - par Agnès Spiquel
DESCRIPTION:Albert Camus et l’Algérie coloniale\n« la longue confrontation d’un homme et d’une situation »\n  \nPremier bilan d’un colloque récent\n  \npar Agnès Spiquel \n  \nLes 18 et 19 mars dernier s’est tenu à l’Institut du Monde Arabe et à l’Institut d’Études Avancées de Paris un colloque traitant d’« Albert Camus et l’Algérie coloniale »\, organisé par Catherine Brun\, Christian Phéline et Agnès Spiquel en partenariat avec l’Institut Français d’Algérie\, la Société des Études Camusiennes et l’Université Sorbonne Nouvelle (UMR THALIM). \nLes deux journées\, dont la première s’est terminée par une table ronde\, ont réuni trente intervenants\, d’origine\, de formation et de points de vue divers (voir programme détaillé en annexe)\, et permis l’expression d’un public aussi vif que nombreux. Le présent bilan reste bien sûr ouvert à de nouveaux développements de la recherche\, de l’analyse et du dialogue. \n  \nAinsi que le soulignait l’annonce du colloque\, si un certain unanimisme médiatique tend aujourd’hui à réduire le legs de Camus à une fade pensée du juste milieu exposée à toutes les récupérations\, un vif débat intellectuel se poursuit\, en particulier sur le rapport de l’écrivain à l’Algérie coloniale. \nPour ne perpétuer ni une célébration hagiographique\, ni des dénonciations purement idéologiques\, cette rencontre visait à resituer\, au regard de l’objectif anticolonial\, la portée et les limites des représentations et combats de l’écrivain. \nTout au long de ces deux jours de débat\, nous avons donc parcouru les cinq étapes de notre questionnement de ce rapport complexe de Camus avec l’Algérie coloniale\, société dans laquelle il est né\, a grandi\, s’est formé – et qui vivait alors ses dernières décennies. Dépassant les clichés\, de quelque origine qu’ils soient\, nous avons voulu\, dans la diversité qui était souhaitée des approches et des points de vue\, retourner aux textes\, sans méconnaître leur statut différencié et en les réinscrivant dans leur situation historico-politique\, tellement changeante entre le milieu des années 1930 et ce début de 1960 où l’écrivain meurt prématurément d’un accident. \n  \nDéroulement \nD’emblée\, au fil de quelque vingt riches communications et sous l’impulsion des présidentes et présidents des diverses sessions\, nous avons pensé la position de Camus face au système colonial en termes de lucidité tout autant que de « limites ». Ce sont ces dernières que deux des communicants ont proposé d’approcher\, plutôt que par la notion d’« inconscient colonial »\, ouverte à trop de subjectivité des interprétations\, comme cette part épistémique d’impensé que comporte la compréhension camusienne du fait colonial. De manière plus générale\, il s’est agi de prendre en compte\, ce que l’écrivain\, selon une formule citée par plusieurs intervenants\, présentait comme « une expérience\, c’est-à-dire la longue confrontation d’un homme et d’une situation – avec toutes les erreurs\, les contradictions et les hésitations qu’une telle confrontation suppose ». \nChroniques algériennes\, recueil publié en mai 1958\, a été une des bases essentielles de cette réflexion. La lecture de textes\, choisis parmi essais\, articles de presse ou fictions\, a accompagné l’ensemble d’un parcours conduisant du temps de Front populaire\, et de l’abandon de ses projets de réformes coloniales\, au dévoiement des ouvertures civiques de 1944 dans les massacres de 1945 puis la fraude électorale organisée\, jusqu’aux affrontements croissants de l’après-1954. \nNous avons ensuite sondé la manière – très ancrée dans cette réalité – dont Camus a conçu la question algérienne\, et dont sa pensée a été et continue à être reçue dans le temps et l’espace. \nNous nous sommes ainsi penchés sur les questions redoutables que la lutte de libération nationale a soulevées dans son déploiement. Là aussi\, principe de contradiction… \nPuis\, donnant aux fictions de Camus la place qu’elles méritent\, nous avons analysé quelques-uns des portraits de colonisés qu’elles proposent et la représentation qu’elles offrent de la société coloniale et des rapports entre ses communautés. \nNotre dernière session était mise\, elle\, sous le double signe du « dialogue » et du « débat »\, principalement en Algérie – ce que nos échanges avaient déjà amplement manifesté ! \nD’une discussion à l’autre\, s’est confirmée l’évidente fécondité de notre variété de formation et d’approche : spécialistes de littérature\, d’histoire\, d’histoire intellectuelle\, d’ethnologie\, de sociologie – nous avons croisé les regards\, d’une manière bien plus stimulante que dans des colloques mono-disciplinaires. \nDes désaccords ont pu être abordés sans véhémence au cours des débats\, tout en ouvrant le dialogue sur des questions de principe trop souvent traitées sur un mode plus manichéen : usage\, légitime ou non\, de la violence ; conception de l’algérianité ; question du pluralisme culturel et politique dans un pays libéré du joug colonial… \nLa table ronde a permis que s’élèvent des voix plus personnelles qui ont dit un rapport à Camus à la fois très spécifique et\, sous certaines facettes sans doute\, largement partagé par beaucoup d’entre nous. \n  \nQuelques lignes de force \nModestement\, je vais essayer de retracer\, dans l’attente d’une publication collective qui en retracera toute la richesse\, quelques-unes des lignes récurrentes des communications et des débats avec la salle\, qu’ont prolongés sans doute bien des échanges informels… \nNous avons appréhendé de manière précise – et donc plus juste – le contexte de l’Algérie : il nous a été\, par exemple\, rappelé qu’à la Libération et bien qu’elle ait accueilli le gouvernement provisoire de la France Libre\, elle qui avait été largement maréchaliste\, voire ouverte à la collaboration\, échappa à l’épuration… Et nous nous sommes constamment affrontés à la question des désignations – toujours aiguë en situation coloniale : si le terme d’« indigènes » renvoie aux discriminations de cette époque\, celui d’« Algériens » n’a pas revêtu le même sens dans les années 1930\, 1940 ou 1950\, et\, bien sûr\, depuis l’indépendance de l’Algérie. \nNous avons centré l’attention sur des textes comme l’enquête de 1939\, « Misère de la Kabylie »\, Chroniques algériennes\, les articles de Combat et de L’Express\, en les étudiant comme « geste » à la fois politique et scriptural – tant dans le contexte de leur première publication que dans leurs rééditions successives. De quelle parole s’agit-il ? Car\, si Camus développe une pensée politique\, il se pense d’abord comme écrivain. \nNous avons ainsi pu voir comment\, sous quelles influences\, dans quel climat intellectuel\, la pensée de Camus s’est forgée dans les années 1930 ; comment\, dans les fractures de la guerre et de l’après-guerre où sa conception du monde et de l’engagement a changé\, il s’est élevé contre les extrémismes\, les massacres\, l’iniquité… C’était se convaincre un peu plus que « le colonialisme et ses abus [étaient] d’institution » et qu’il fallait « rendre toute la justice au peuple arabe d’Algérie » et « le libérer du système colonial ». \nPour autant\, encore en 1958\, l’écrivain\, dans son souci légitime de ne pas voir sacrifier « le droit à l’existence [des] autochtones français »\, a pu s’illusionner sur l’acceptabilité de formules institutionnelles médianes\, comme le « plan Lauriol »\, manifestement dépassées par l’acuité de la mobilisation nationale… Même s’il affirmait alors : « le temps des colonialismes est fini\, il faut […] en tirer les conséquences » et si\, dans le silence public auquel il s’est jugé réduit par la suite sur l’Algérie\, il approuva entièrement\, fin 1959\, la perspective de l’autodétermination qui en confiait l’avenir à la décision du plus grand nombre. \nCe qui nous a menés à la question récurrente : de quoi exactement Camus a-t-il eu conscience ? Certainement\, dès les années 1930\, moment de son bref engagement communiste puis de sa première expérience de journaliste à Alger républicain\, de l’iniquité de la domination coloniale sous laquelle tout « un peuple [est] diminué par une misère sans précédent et brimé par des lois d’exception et des codes inhumains ». Certainement\, du fossé croissant entre les deux communautés\, creusé par les massacres de mai 1945 et la montée du racisme anti-algérien en France dans les années qui suivent\, dont témoigne notamment la tuerie de militants pacifiques du MTLD\, le 14 juillet 1953 à Paris. Certainement\, du drame immédiat et pour l’Algérie future que constituaient\, à partir de 1954\, les règlements de compte entre militants nationalistes rivaux du MNA et du FLN. Mais sans doute pas de la profondeur de l’enracinement social que le sentiment national algérien puisait dans la violence de la dépossession et de l’oppression coloniales\, ni du caractère irréversible de son renforcement au cours de la guerre de libération. Et la question s’est constamment posée à nous : qu’est-ce donc qu’un sentiment national qui se constitue ? \nQu’est-ce qui\, chez Camus\, a assigné de telles limites à une prise de conscience que d’autres\, Européens « libéraux » proches de lui\, ont pu opérer à l’épreuve de la crise algérienne ? \n– le flou\, quelque peu essentialiste\, de catégories intellectuelles telles que « culture méditerranéenne »\, « rencontre de l’Orient et de l’Occident » ou « revendication arabe »\, qui n’aidaient guère à penser le legs en Algérie de la civilisation autochtone\, ainsi que la manière dont le principe colonial s’y est imprimé ou ce que pourrait être un pays\, dégagé du « colonialisme et de ses abus »\, mais qui saurait faire place à toutes ses composantes ; \n– un système de valeurs\, se référant à la justice\, à la démocratie\, mais se défiant du nationalisme\, sans bien distinguer entre celui des dominants et celui des colonisés\, ayant conduit l’écrivain à penser et agir en termes de refus des discriminations et d’extension égalitaire des droits et libertés plutôt qu’en termes de libération nationale ; \n– son rapport éthique et politique à la violence qui\, s’il ne l’a jamais conduit à dénoncer en tant que telle la lutte armée à laquelle les forces algériennes avait été contraintes par le refus de réformes réelles\, lui a fait refuser tout acte prenant délibérément pour cible les populations civiles\, qu’ils soient le fait de l’État et de l’armée ou des forces se réclamant de la lutte anticoloniale ; \n– sa crainte dramatique que telle qu’était conduite cette lutte et alors que la surenchère croisée des violences contre les civils creusait de plus en plus le fossé entre les communautés\, l’indépendance ne désigne comme « victimes expiatoires » la masse des Européens d’Algérie – dont beaucoup\, comme les membres de sa famille\, « pauvres et sans haines\, n’ont jamais exploité ni opprimé personne ». Crainte aussi que même d’éventuels droits concédés à cette minorité soient de fait réduits à néant dans un pays restreint à sa référence arabo-musulmane et soumis « à la discrétion de chefs militaires fanatiques » ; \n– sa défiance grandissante à l’égard du FLN et de ses soutiens européens qui\, en métropole comme sur place\, considéraient comme de leur devoir anticolonialiste de n’interroger ni ses modes d’action\, ni la place que l’algérianité future ferait ou non à la pluralité des cultures\, des croyances et des opinions. \n  \nDes débats… \nLe rapport tendu entre le cœur et la raison dans lequel l’écrivain affronta ainsi la question algérienne\, son approche sincère mais restée indécise sur la manière d’en finir avec la domination coloniale\, ont profondément influé sur la perception que les lecteurs\, dans la diversité des périodes et des pays\, ont eue et ont encore de son œuvre. Même si trop souvent cette perception se tissait d’idées préconçues qui méconnaissaient la réalité des textes et des contextes – telle cette invocation si fréquente de la réplique de Stockholm sur « la mère plutôt que la justice »\, négligeant que\, dans les circonstances du débat\, elle se référait non pas à la fin ou non de la souveraineté française\, mais bien à la question immédiate des attentats contre les civils. \nDurant le colloque\, la succession des communications comme les interpellations fréquentes venues de la salle ont été propices au dialogue le plus ouvert\, tant sur les prises de position de l’écrivain que sur les interprétations de ses fictions. \nLe débat proprement politique en est souvent revenu aux différentes implications de la question du « terrorisme » – vocable ici employé non pas comme une invective polémique\, mais dans le sens précis du recours délibéré à des actes prenant pour cible des populations civiles. Nombre d’entre nous pouvaient certes rejoindre les remarques d’une communicante selon laquelle le refus par Camus de tels actes quels qu’en soient les auteurs\, aurait gagné à mieux mettre en lumière la dissymétrie systémique du rapport des forces entre les deux camps et le combat mené par l’écrivain contre la banalisation de la torture et la vague montante des exécutions capitales. En outre\, selon la même oratrice\, ce désaccord sur les moyens du FLN n’interdisait en rien d’approuver ses fins\, la rupture de tout lien de souveraineté avec la France. Il était en revanche moins évident d’en conclure comme elle qu’en temps de décolonisation et\, sauf à tomber dans les travers supposés d’une « gauche réformiste »\, il était déplacé d’exprimer la moindre interrogation sur les modes d’action et le rapport à la démocratie ou à la religion\, de toutes directions se réclamant du « paradigme » de la libération nationale : hier\, face au FLN\, comme dans l’aujourd’hui de l’« après-7 octobre » ? \n  \nEn ce qui concerne l’expression plus littéraire de Camus\, nous avons à plusieurs reprises évoqué le reproche récurrent fait au romancier de l’absence des « Arabes » / des « indigènes » dans ses fictions. En la matière\, nous avons bien distingué deux questions : l’absence de personnages de colonisés\, individuellement nommés et identifiés\, est patente dans les premiers grands textes fictionnels (L’Étranger\, La Peste) – mais on peut relever l’apparition de figures d’« indigènes » dès « Entre oui et non »\, le texte central de L’Envers et l’Endroit\, la première publication de Camus\, le rapport décisif entre membres des communautés adverses qui sous-tend certaines des nouvelles « algériennes » de L’Exil et le Royaume (« La Femme adultère »\, « L’Hôte »)\, avant leur présence\, qui aurait été centrale dans Le Premier Homme si l’on en croit les brouillons et les esquisses du dialogue avec le personnage désigné comme « Saddok ». Quant à la seconde question : l’anonymat des protagonistes indigènes ne fait-il pas que refléter\, de la manière la plus juste\, la plus réaliste qui soit\, la situation coloniale – où les deux communautés se côtoient sans se mêler et\, surtout dans les villes\, sans se connaître ? Jusque dans ses élisions\, Camus ne rend-il pas compte\, très exactement\, de l’effacement des colonisés ? \nNous avons\, à cet égard\, évoqué le débat constant qu’il a eu avec ses amis écrivains algériens (au sens moderne du mot) comme Mouloud Feraoun\, Mouloud Mammeri\, Mohammed Dib ou Kateb Yacine : était-ce à un Français d’Algérie de « parler pour » les colonisés\, à leur place\, de témoigner de leur vécu ? Et\, plus largement\, de qui et de quoi chacun peut-il le mieux témoigner par l’écriture\, qu’elle soit de fiction ou de prise de position ? \nLe colloque lui-même a permis de poursuivre ce dialogue d’écrivains algériens avec Camus – un dialogue passionnant\, parfois empreint de colère\, de regret ; mais on a aussi entendu parler d’« arche d’alliance »\, de « circulation »\, de « fraternité dans la différence »\, de « déchirure »… Au fil des échanges des deux journées comme lors de la table ronde\, nous avons observé le rapport\, à la fois critique et admiratif\, de l’Algérie par rapport à l’écrivain et son œuvre ; ainsi qu’un mouvement complexe et contradictoire d’appropriation de Camus par les Algériens. \nEt ce qui ne cessait de courir à travers tout cela\, c’est la question même de la littérature : que peut-elle ? que doit-elle ? \nMerci à tous les intervenants – communicants et membres de la table ronde – qui ont donné esprit et chair à cette ample réflexion. Merci au public de ces deux jours\, bien plus nombreux que tout ce que nous pouvions imaginer – public souvent animé\, dans la différence de ses origines et de ses opinions\, de ce que je désignerais selon un mot camusien : la ferveur. Merci encore à ceux qui\, chacun selon sa trajectoire\, ont vécu en Algérie et ont dû la quitter : ils ont\, souvent discrètement\, accepté de partager leurs expériences propres de ce pays \n  \n… à poursuivre ! \nLes débats de ces deux jours étaient\, à la fois\, si riches et si gros d’interrogations à approfondir\, que nous nous donnons à cœur\, comme organisateurs de ce colloque\, de publier\, dès que possible\, la teneur des communications en un volume collectif de format accessible. \nIl n’y sera malheureusement pas possible de rendre compte de toute les suggestions nées des échanges avec la salle. Mais celles-ci\, nous en sommes sûrs\, vont « infuser » dans les réflexions individuelles et collectives des participants ; et on en trouvera sans nul doute bien des échos dans des publications futures. Rien n’est jamais terminé ! Et surtout pas ce débat sur « Albert Camus et l’Algérie coloniale »… \n  \n  \n  \n  \nAnnexe : Programme détaillé des interventions \n  \n  \nMardi 18 mars 2025 (Institut du Monde Arabe) \n  \nMatin \nUne lutte anticoloniale et ses limites \nOù\, du Front populaire à la Libération et des massacres de 1945 à l’ouverture de la lutte armée\, l’on examinera les prises de position de Camus\, sans méconnaître la configuration changeante des forces en présence et du débat politique algérien. \nPierre-Louis Rey\, président \nPhilippe Vanney\, « La fin de l’Algérie coloniale : les grands choix d’Albert Camus » \nMichelle Selles-Lefranc\, « L’enquête en Kabylie d’Albert Camus : du « témoignage sans réserves » d’Alger républicain (1939) à Chroniques algériennes (1958) » \nJean-Pierre Peyroulou\, « Camus et les questions coloniales\, de 1945 à 1955 » \nSarra Grira\, « Albert Camus et la postérité de la gauche réformiste » \nCatherine Brun\, « Chroniques algériennes : un recueil au cœur des malentendus » \n  \nAprès-midi \nUne pensée « dans l’histoire et la géographie » \nOù l’on explorera dans quelle mesure l’idéal grec ou l’horizon méditerranéen ont pu\, à rebours du modèle impérial romain\, être invoqués pour penser un dépassement du clivage colonial. \nMartine Job\, présidente \nAndré Benhaïm\, « L’homme aux mille tours. Camus entre Ithaque et Alger » \nAlain Messaoudi\, « Versions du mythe méditerranéen : Albert Camus et Gabriel Audisio vs Louis Bertrand » \n  \nOù\, après un retour sur les temps de guerre froide\, l’on examinera la manière dont la vision camusienne de la colonialité et sa critique « anti-orientaliste » sont en voie de réévaluation sur les scènes américaines comme arabe. \nNedjib Sidi Moussa\, « Entre critique littéraire et procès politiques : quand la gauche lisait Camus au temps de la guerre froide » \nMadeleine Dobie\, « Camus aux États-Unis\, de la guerre froide aux études francophones\, en quatre scansions » \nFaris Lounis\, « Culture et impérialisme (Edward Said) au miroir de la critique arabe » \n  \nCamus aujourd’hui (table ronde)  \nAlexis Lager\, président \nMaïssa Bey\, \nSarah Al-Matary. \n  \n  \n  \n  \n  \n  \nMercredi 19 mars 2025 (Institut d’Études Avancées de Paris) \n  \nMatin \nLibération nationale : quels moyens ? quelles fins ? \nOù l’on interrogera les cibles et les enjeux d’un combat anticolonial qui impliquait de se confronter au racisme et aux discriminations\, à la torture et aux exécutions capitales\, comme aux violences contre les civils et à la question des droits futurs des minorités. \nAkram Belkaïd\, président \nEmmanuel Blanchard\, « Camus et l’immigration algérienne en France » \nRémi Larue\, « Une trêve pour refaire communauté » \nAnne Prouteau\, « Germaine Tillion\, une « héroïne camusienne » ? » \n  \nLa représentation de l’Algérie dans la fiction \nOù\, par-delà des lectures contrastées et parfois abusives des récits camusiens\, on explorera quel portrait changeant des colonisés et de leur destin se développe depuis les écrits de jeunesse jusqu’au Premier Homme. \nChristian Phéline\, « Des fictions au prisme de l’ »inconscient colonial » : le risque de la surinterprétation » \nMartine Job\, « Décrire l’autre : constante et évolution des portraits de colonisés dans les fictions de Camus » \nAlexis Lager\, « La séquence coloniale dans le dernier chapitre du Premier Homme : ultime regard de Camus sur l’Algérie ? » \n  \nAprès-midi \nCamus en dialogue\, Camus en débat \nOù l’on observera quel écho persistant l’œuvre de Camus a trouvé en Algérie\, depuis le dialogue serré entretenu avec les littérateurs maghrébins de son temps jusqu’à une interrogation multiforme au sein des nouvelles générations d’intellectuels \nCatherine Brun\, présidente \nGuy Dugas\, « Fortune et infortunes de la notion de « colonisateur de bonne volonté » (Albert Memmi) » \nHervé Sanson (ITEM/docteur Paris 8)\, « Albert Camus vu par Mohammed Dib : un « aîné immédiat » » \nYahia Belaskri\, « Albert Camus et Kateb Yacine\, un même royaume\, deux trajectoires » \n  \nGuy Dugas\, président \nAmina Azza Bekkat\, « Camus dans la littérature algérienne : échos et reprises »  \nTristan Leperlier (CNRS/THALIM)\, « L’algérianisation de Camus : Assia Djebar et le « Natif de Belcourt » »
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SUMMARY:Témoignage - Des collégiens de Riorges sur les traces des Justes et de Camus au Chambon-sur-Lignon
DESCRIPTION:Témoignage\nDes collégiens de Riorges sur les traces des Justes et de Camus au Chambon-sur-Lignon\nPrésenté par Alexis LAGER \nLes trois textes qui suivent sont des productions d’élèves du Collège Albert Schweitzer (Riorges\, Loire). Ils ont été sélectionnés par la Société des Études Camusiennes dans le cadre du projet pédagogique « Sur les traces des Justes et de Camus au Chambon-sur-Lignon » mené par trois enseignants (Émilie Bouchet\, Alexis Lager\, Jean-Philippe Madani). L’ambition de ce projet\, subventionné par l’association\, était de faire découvrir à deux classes de 3ème l’histoire du sauvetage des enfants juifs au Chambon-sur-Lignon pendant la Seconde Guerre mondiale et les circonstances du passage d’Albert Camus dans ce lieu important de la résistance civile entre 1942 et 1943. Visant à créer des liens entre deux disciplines (Lettres et Histoire) dans l’esprit des élèves\, le projet les a conduits à travailler à la fois sur des figures de Justes et sur l’itinéraire biographique et intellectuel de l’écrivain. \nTrois sujets d’imagination autour de la présence de Camus au Chambon-sur-Lignon ont été proposés par Alexis Lager\, professeur de lettres : \n– imaginer le journal de Camus au Chambon-sur-Lignon ; \n– imaginer des lettres fictives que Camus aurait envoyées à Francine depuis le village ; \n– imaginer un chapitre inédit du roman historique\, Le Silence de la montagne (Bertrand Solet\, Oskar éditeur\, 2016)\, centré autour du parcours de deux enfants\, Emil et Teresa. \nUn seul texte a été retenu pour chaque sujet. Les travaux ont été effectués par groupe de deux ou de trois. Félicitations à tous les élèves pour leur investissement dans ce projet et bravo à ceux qui ont su convaincre le jury par la qualité de leurs travaux ! \n  \nTexte 1 : Des extraits du journal imaginaire de Camus au Chambon-sur-Lignon – par Archibald et Maé.\n23 août 1942 \nFrancine et moi sommes arrivés au Panelier à côté du Chambon sur Lignon. Cette grande bâtisse est isolée à 4 km du village près d’une forêt très charmante. Tous ces paysages ne me sont pas familiers. \n6 septembre 1942 \nAujourd’hui je me suis penché sur les critiques de mon livre L’Étranger. Via une lettre\, j’en ai parlé à de Fréminville et j’en suis venu à la conclusion que le mieux reste de fermer les oreilles et de continuer mon travail. \n2 octobre 1942 \nÇa y est\, Francine est partie du Panelier pour retourner à Oran. J’espère pouvoir la revoir au plus vite. Sans ça je ne sais pas si je vais tenir longtemps ici. \n20 octobre 1942 \nDepuis le départ de Francine\, je ressens un mal du pays fort dérangeant. J’aimerais tellement guérir et rentrer chez moi. J’en ai alors parlé à Ducailar qui ne sut pas quoi me répondre. \n7 novembre 1942 \nBientôt la trentaine. Ma jeunesse me fuit. Est-ce cela être malade ? Toutes les choses me fuient même l’élément de ma survie\, l’oxygène. Je pense ne plus pouvoir survivre sans assistance humaine. Tout cela me donne un sentiment de dépendance. \n11 novembre 1942 \nUn débarquement des Alliés a eu lieu en Afrique du Nord. Les communications entre moi et Francine ont donc été coupées. Tant que cette fichue guerre continue\, je ne pourrai ni revoir Francine ni retourner dans mon pays. Je me sens comme un rat dans une cage. \n11 décembre 1942 \nAujourd’hui le vent s’est levé et la pluie tombe à seaux. Il a fallu quarante-huit heures de soleil pour que cette neige se mette enfin à fondre. Ce paysage me semble irréel. J’ai l’impression d’être au bout du monde. \n26 décembre 1942 \nJ’ai fini la première ébauche de La Peste aujourd’hui. Je la trouve ratée. Le résultat n’est pas celui escompté. Je pense peut-être recommencer au vu de ce travail décevant. \n8 janvier 1943 \nCela fait quatre jours que je suis à Paris et j’y reste 2 semaines. Cette belle ville n’est pas très gaie avec la guerre. Mais revoir cette ville et ces rues me fait plaisir malgré l’occupation des nazis. \n1er février 1943 \nAujourd’hui je retourne faire mon traitement à St-Étienne. Ce traitement me fait de plus en plus mal. Cette tuberculose est la source de tous mes problèmes et cela commence à m’énerver au plus haut point. Et dire que sans cette maladie je serais encore avec ma femme ! \n17 février 1943 \nCe ciel couvert et ces sentiers recouverts de neige m’exaspèrent. Je ne pensais pas que la lumière pourrait me manquer à ce point. Mon pays me manque. L’exil est total. \n9 mars 1943 \nJ’ai fait part à Jean Grenier de mon avis sur les critiques de L’Étranger. Je me sens mal\, pourtant je sais bien que ces critiques sont justes mais je me sens mal… \n15 avril 1943 \nJe m’ennuie tellement. J’en ai marre de ne pas pouvoir courir sur les plages\, marcher dans les forêts ou pêcher au bord du lac. Mes plages me manquent\, la chaleur me manque\, ma femme me manque\, tout me manque… \n20 mai 1943 \nAujourd’hui j’ai changé\, tout comme ma vie. À présent je vois les choses d’une manière différente. Je me sens plus libre. Une nouvelle face de la France s’est révélée devant moi. Nous sommes comme des animaux dans un piège mais nous avons décidé de nous battre. \n2 juin 1943 \nHier je suis arrivé à Paris exténué et aujourd’hui j’ai rencontré Sartre\, un grand écrivain\, cela m’a fait plaisir de le rencontrer. Nous nous sommes rencontrés à la générale de la pièce Les Mouches\, au théâtre Sarah-Bernhardt ou plutôt « Théâtre de la Cité » comme les nazis l’ont renommé. Tout ça parce qu’elle était juive ! Cela me dépasse et je ne pense ne pas être le seul à penser ça. Ils piétinent la culture sans aucun scrupule. \n11 juillet 1943 \nJ’en ai assez de la misère de ce pays et du malheur qu’on constate à tous les coins de rues. Mais que pourrais-je bien faire ? Toutes ces situations nous ramènent à La Peste. Comme les personnages\, nous sommes tous ici isolés. \n13 août 1943 \nTout est si lugubre autour de moi. Le malheur s’est répandu autour de nous. On en arrive à un point où l’on se demande où est passé le bonheur. Reviendra-t-il un jour ou sommes-nous condamnés à errer dans le malheur ? \n1er septembre 1943 \nJe pense que les gens qui sont désespérés de la situation sont de véritables lâches mais le pire ce sont ceux qui espèrent en la condition humaine. Ce sont des fous dénués de logique. À leur place je me serais battu et je ne me serais pas laissé faire. \n16 octobre 1943 \nJ’ai envoyé les manuscrits de Caligula et du Malentendu à Gaston Gallimard aujourd’hui. Je lui ai demandé de les faire lire à des gens de métier. J’ai même demandé à Michel si son offre de travail était toujours possible. J’espère avoir une réponse positive. \n19 octobre 1943 \nJe vais pouvoir travailler. Je suis pris. Gallimard a accepté mon offre et je lui en serai éternellement reconnaissant. Je vais donc partir travailler chez Gallimard à Paris. \n1er novembre 1943 \nAujourd’hui je suis allé à mon travail de secrétaire-lecteur auprès de Gallimard. Je partage son bureau avec le romancier Jacques Lemarchand. Cela me rend heureux de trouver un vrai travail. \n24 novembre 1943 \nAujourd’hui j’ai fait part de mes envies de liberté à Elsa Triolet. Je lui ai aussi dit que j’aimerai la rencontrer lorsque les troubles européens se seront calmés. J’espère qu’elle acceptera et que je pourrai la voir au plus vite. \n20 décembre 1943 \nLa ville est déprimée\, les rues sont sombres. Tout ça nous donne envie de foutre le camp ou de se défouler sur quelque chose. Heureusement je peux toujours aller voir des pièces de théâtre comme aujourd’hui où je suis allé voir Le Soulier de satin de Paul Claudel à la Comédie- Française. \n  \nTexte 2 : Les lettres fictives de Camus à sa femme\, Francine – par Emna et Tessa\n  \nLe Panelier\, 16 octobre 1942 \nMa chère Francine\, \nLe séjour au Panelier se passe toujours aussi bien. Je commence à m’habituer au climat froid et humide de la région. Mais ton absence laisse toujours un vide aussi important dans mon cœur. Les personnes qui m’entourent au quotidien m’aident à le combler partiellement. Madame Œttly est très sympathique\, une femme charmante\, très généreuse. Elle me laisse loger au Panelier gratuitement. Elle sait à quel point cette situation est compliquée pour moi\, financièrement parlant en tout cas. Elle prend bien soin de moi\, ne t’en fais pas pour ça. \nMais sans vouloir te vexer\, ma chère et tendre\, tu n’es pas la seule à me manquer. En effet ce déménagement m’a arraché à mon pays natal\, à mes terres d’Algérie\, à mes plages\, à mes magnifiques paysages baignés de chaleur. Tout ceci me manque. Tu me manques. Pour passer le temps et effacer ma peine\, je pratique de nombreuses activités. Je pratique la pêche notamment. La présence du Lignon\, une magnifique petite rivière\, au Chambon\, m’a facilité l’accès à cette activité. Je me promène également énormément. Bien évidemment\, j’écris plus que jamais. Je suis pleinement au cœur de mon projet de roman. Tu sais\, La Peste. Je fais mon maximum. J’espère que de ton côté tout va bien et que ta reprise s’est passée à merveille. \nJe te souhaite tout le bonheur du monde. Je t’aime infiniment. \nTon mari qui pense à toi. \nAlbert \n*** \n  \nLe Panelier\, 1er novembre 1942 \nMa chère femme\, \nComment vas-tu ? Personnellement j’enrichis mes connaissances de jour en jour. En effet j’entretiens une communication régulière avec le très prestigieux André Malraux. Lors de nos échanges\, nous parlons de nombreuses choses mais surtout de mon roman L’Étranger. Tu sais c’est grâce à lui que mon roman a pu être publié. Effectivement\, c’est un très bon contact. Il m’a mis en relation avec une grande maison d’édition. La maison Gallimard ! Tu te rends compte ? J’ai vraiment eu de la chance. Sans lui sans doute que je n’aurais jamais pu faire connaître mon roman. Grâce à lui\, mon roman a connu un grand succès à Paris comme ça n’aurait jamais été le cas. En plus de ce beau service qu’il m’a rendu\, je continue à échanger des lettres plus enrichissantes les unes que les autres. Nous partageons nos opinions politiques en toute discrétion. \nNous nous voyons parfois à Lyon. Nous organisons des rencontres pour parler de choses et d’autres. J’essaie de glisser de temps en temps quelques mots au sujet de La Peste mais je crois qu’il s’y intéresse plutôt bien. \nSinon j’espère que de ton côté tout va bien. Je t’aime infiniment. \nTon mari qui t’aime. \nAlbert \n*** \nLe Panelier\, 23 février 1943 \n  \nMa chérie\, \nComment vas-tu ? Hier\, j’étais à St-Étienne pour recevoir mes insufflations. Je ne te cache pas que ces trajets commencent vraiment à me fatiguer mais je dois vraiment m’y rendre c’est impératif. Mon état ne s’arrange pas vraiment. Je ne vois aucune amélioration. Mais je continue à m’y rendre. Sans doute par pur espoir de voir une amélioration quelconque un jour. Mis à part cela\, j’ai d’autres nouvelles. En plus d’entretenir une conversation avec André Malraux\, je parle également à Pia\, que tu connais. Je ne sais pas si je t’en avais déjà informé. Depuis deux jours\, il ne répond plus à mes lettres je suis désorienté. En effet ce n’est pas dans ses habitudes. Cela m’inquiète un peu. Mais je verrai bien. Nous sommes censés nous voir à Lyon le 1er mars. J’espère que rien ne m’empêchera d’y aller. Encore moins mon état de santé. J’ai en effet très hâte d’y aller. Cela fait longtemps que je ne m’y étais pas rendu. \nJe vais pouvoir voir mes correspondants. Je t’en parlerai sans doute beaucoup lorsque nous nous retrouverons. \nTu me manques énormément. Je t’aime infiniment. \nTon mari qui t’aime. \nAlbert \n*** \nParis\, 6 juin 1943 \nMa Francine\, \nJe t’écris aujourd’hui depuis Paris. Je m’y trouve en voyage depuis maintenant une semaine. \nJe suis arrivé le 1er juin dernier\, et je loge à l’hôtel Aviatic. Il se trouve 105 rue de Vaugirard. Je me doute que cela ne doit pas te dire grand-chose. C’est un lieu très charmant qui te plairait à coup sûr comme il me plaît actuellement. Ce n’est pas tant l’architecture qui en fait un lieu charmant\, mais surtout l’environnement ! C’est peut-être dû uniquement au fait que Paris m’a manqué. J’aimerais tant pouvoir t’y emmener avec moi. Je tâcherai d’y penser à ton retour. Avant mon départ\, j’ai passé trois jours fort agréables à Valence et à Vienne en compagnie de Blanche Balain\, une poétesse que tu connais.Le 2 juin\, j’ai rencontré Jean-Paul Sartre. Oui\, en effet. L’illustre Jean-Paul Sartre ! \nNous nous sommes rencontrés au théâtre Sarah-Bernhardt.Nous sommes partis voir une de ses pièces intitulées Les Mouches. Cette pièce colle vraiment bien avec mes activités actuelles. Ce fut fort distrayant. Mais ce que j’ai préféré par-dessus tout furent mes discussions enrichissantes et mes rires partagés avec Monsieur Sartre. Comme tu as déjà pu le constater\, je suis friand de discussions enrichissantes. Surtout depuis ton départ. En effet j’opère comme je peux pour m’offrir un minimum de divertissement pour combler le vide que ton départ a laissé. \nOh ma chérie ce ne sont pas des reproches ! Seulement des paroles en l’air pour te prouver combien je t’aime et tu me manques. \nEt toi\, comment vas-tu ? Les cours se passent toujours aussi bien ? En tout cas je l’espère et te souhaite tout le bonheur du monde. \nTu me manques énormément. Je t’aime infiniment. \nTon mari qui t’aime. \nAlbert \n*** \nLe Panelier\, 20 octobre 1943 \nMa chère épouse\, \nComment vas-tu ? J’espère que tout se passe bien\, travail comme santé. Personnellement\, j’ai de nombreuses nouvelles dont je dois t’informer. Te souviens-tu de la lettre que je t’ai écrite il y a un petit moment de cela maintenant dans laquelle je te parlais de mon état de santé ? Il me semble que je te l’avais envoyée le 23 février dernier. \nEh bien depuis la dernière lettre que je t’ai adressée\, j’ai reçu une contre-indication de mon médecin qui m’informe que l’air du Panelier ne joue en rien sur ma santé. Voyez-vous cela ! J’en étais certain. \nQuoi qu’il en soit\, je pars du Panelier prochainement. Je vais m’installer à Paris. En effet j’ai obtenu un poste à la maison Gallimard. Je pense que cet emploi me satisfera amplement. Je pense m’y épanouir pleinement. \nJe vais sans doute m’installer dans un hôtel pour commencer\, puis plus tard me trouver un logement à moi. Je continue bien entendu à communiquer avec mes amis. Et avec toi également ! J’ai adressé dans une nouvelle lettre à Monsieur Gallimard lui-même mes manuscrits de Caligula et de Le Malentendu. J’espère qu’ils seront publiés eux aussi. Concernant le poste\, je lui ai ensuite demandé si ce dernier dont son neveu m’avait parlé était toujours vacant et si je pouvais l’occuper. Il m’a donc très gentiment répondu que j’étais le bienvenu. Quelle joie ! \nC’est ainsi que débute ma nouvelle vie. Je n’apprécie pas vraiment le changement comme tu le sais\, mais je vais m’y habituer. J’aime Paris. C’est une belle ville. Très historique. Mais elle est parfois très triste. Par « parfois » j’entends souvent et par « triste » je veux dire maussade. Mais Paris m’inspire. En ce moment je ne te cache pas que tu me manques plus que jamais depuis ton départ. J’ai hâte de te revoir. Je serais prêt à sauter dans le premier bateau pour l’Algérie et te rejoindre. Mes terres\, ma femme\, mon soleil\, tout me manque. Tu me manques. Enfin\, rien ne sert de s’apitoyer en retranscrivant mes larmes sous forme de phrases frénétiques sur ce papier à lettres afin de t’envoyer ma tristesse par bateau. \nJe te souhaite tout le bonheur du monde. Tu me manques énormément. Je t’aime infiniment. \nTon mari qui t’aime \nAlbert \n  \nTexte 3 : Imaginer un chapitre inédit du roman Le Silence de la montagne – par Thès et Paris\n  \nUn loup dans la bergerie\nNous sommes le 12 août 1942. Teresa rejoint Emil dans leur repère secret\, une cabane dans les arbres. Les deux amis l’ construite durant les vacances d’été. Elle était faite de bois et de cordes. Les deux enfants se rejoignaient ici tous les jours\, afin de discuter et de prévoir leurs aventures prochaines. Cette cabane se situait dans un petit bois\, derrière un ruisseau\, non loin de la Guespy. La Guespy était une maison d’enfants qui accueillait les mineurs réfugiés. Les deux amis vivaient là-bas. Le lendemain\, Madame Usach\, la responsable de la Guespy\, leur confia une mission : ils devaient apporter des paniers remplis de pots de confiture et de viennoiserie à Madame Oettly. Madame Oettly était l’hôte du Panelier\, une imposante maison\, à quelques kilomètres du village. Cette maison était assez isolée et ne recevait jamais de visites. Lorsqu’ils arrivèrent\, ils remarquèrent un détail anormal : une petite voiture était garée dans la cour\, et la porte était grande ouverte. De légers bourdonnements leur parvenaient\, signes d’une agitation évidente. Teresa et Emil se regardèrent\, stupéfaits. En effet le Panelier était une demeure calme. \n« Qu’est-ce qu’il se passe ici ? demanda Teresa à Emil. \n– Je n’en sais rien\, mais je suppose qu’il y a un nouvel arrivant. Regarde ! Il y a une voiture ! répondit-il. \n– C’est donc pour ça\, les paniers de pots de confiture et les viennoiseries ! » s’exclama Teresa. \nAlors que les deux enfants confiaient leur panier à Mme Oettly\, ils aperçurent un homme se déplacer dans le couloir sombre et élégant. Ils froncèrent les sourcils\, le jeune homme était un étranger. Il avait le teint mat et un air fatigué. Ses cernes et ses cheveux ébour témoignaient. Emil ls se retrouvèrent dans la salle de jeux commune de la Guespy. Ils s’assirent dans des fauteuils afin de débattre sur l’étrange évènement survenu quelques heures auparavant. \n« Tu as vu cet homme ? questionna Teresa. C’est un étranger c’est sûr. Tu as remarqué son teint bronzé et sa mine épuisée ? \n– Oui j’ai vu cela ! Cela n’est vraiment pas habituel\, c’est très étrange… Mme Oettly ne reçoit jamais de visite en plus. Il va falloir le garder à l’œil ! \n– C’est sûr. Qui est-il ? Que fait-il ici ? Il va falloir enquêter… » \nLes jours qui suivirent ces évènements furent mouvementés. Émile et Teresa se lancèrent alors dans une mission d’espionnage\, afin d’obtenir des réponses à leurs questions. Alors que Teresa suivait en secret cet homme à longueur de journée afin d’espionner son quotidien\, Émile\, lui\, essayait d’établir un contact plus direct\, en croisant volontairement son chemin ou en lui parlant directement. À chaque fois\, ils avaient le même stratagème. Le frère de Teresa les aidait parfois\, en allant parler à cet homme\, au marché ou devant l’école. Chaque soir\, ils se retrouvaient pour mettre en commun leurs informations et en faire un bilan. Après avoir passé deux mois à l’espionner et le questionner\, ils tirèrent une conclusion pour le moins hâtive. Ils allèrent à la rencontre de Mme Usach afin de lui faire part de leurs inquiétudes. \n« Madame\, madame ! Nous devons vous faire part de quelque chose ! s’exclama Teresa.- Je t’écoute\, mon enfant\, répondit Mme Usach. \n– Il y a un homme ! Un étranger ! Un infiltré ! Il va tous nous dénoncer ! Il est de mèche avec le régime de Vichy ! dit Emil\, affolé. \n– Allons\, allons\, calmez-vous et expliquez-moi tout cela en détails\, répondit Mme Usach en fronçant les sourcils d’inquiétude. » \nEmil\, Teresa et Mme Usach s’installèrent dans un salon privé afin de débattre sur cela. Les deux enfants lui expliquèrent qu’un homme s’appelant Albert Camus était arrivé il y a un peu plus de deux mois au Panelier. Cet homme vivait isolé du reste du village. De plus\, il n’était pas d’ici : son teint et son accent en témoignaient. Ils avaient aussi des preuves plus concrètes\, M. Camus se rendaient à peu près tous les quinze jours à Saint-Étienne. Ses allers et retours leur semblaient énormément suspects. Camus écrivait aussi des lettres très régulièrement. L’isolement\, les allers-retours\, les correspondances\, tout cela était terriblement suspect en cette période délicate. Mme Usach les regarda et sourit : « Les enfants\, bien que votre idée soit très noble\, vous devriez aller parler avec cet homme pour avoir le cœur net sur vos accusations. » \nLe lendemain\, les deux camarades se rendirent au Panelier. Ils prirent leur courage à deux mains et toquèrent. Camus\, encore en pyjama\, leur ouvrit. \n« Oui ? dit-il.- Bonjour\, vous êtes bien l’homme du marché de la dernière fois ? dit Emil. \n– Nous avons quelques questions à vous poser\, compléta Teresa. \n– Entrez donc\, je vous écoute\, répondit Camus. » \nTous les trois s’installèrent dans la cuisine et l’entretien commença. Albert Camus comprit l’inquiétude des enfants et se dit qu’il leur devait des explications :« Je me dois d’ôter vos craintes\, bien qu’elles soient totalement justifiées. Je suis d’origine algérienne et je suis venu ici avec ma femme pour un bol d’air frais. Elle s’appelle Francine et c’est une professeure de piano. Elle a dû retourner à Oran en raison de ses obligations professionnelles. Je me suis donc retrouvé seul dans un lieu assez dépaysant. Cela explique mon isolement. Quant à mes voyages réguliers à Saint-Étienne\, ce sont pour des raisons médicales. Je souffre de tuberculose\, c’est pour cela que je suis ici et que je pars en ville régulièrement. Les médecins m’ont dit que l’air pur était le seul remède à cette atrocité qui m’handicape. Pour les correspondances\, il s’agit de lettres destinées à mon épouse. Elle me manque beaucoup ; par conséquent je lui écris. Alors ne vous en faites pas\, je ne suis pas un ennemi. Pour moi\, le nazisme est comme une peste. J’ai écrit un livre qui portera ce titre. »Teresa et Emil se regardèrent\, surpris\, et s’excusèrent. Camus leur montra encore quelques documents et autres attestant qu’il était bien malade pour les rassurer et appuyer ses dires. Cela finit de les convaincre. Il les félicita tout de même pour leur perspicacité et leurs compétences d’analyse et de déduction. Il leur dit qu’il était journaliste\, et par conséquent\, qu’il savait de quoi il parlait. \nPar la suite les enfants se lièrent d’amitié avec Camus. Les deux compagnons allaient toutes les semaines raconter leurs aventures quotidiennes à Camus qui les consignait dans des carnets. C’était devenu une habitude\, Camus organisait un goûter et les trois complices discutaient et riaient ensemble. Albert leur lisait souvent des passages de ses livres et autres textes qu’il rédigeait. Les enfants\, passionnés\, l’écoutaient avec admiration. C’est comme cela que leur enquête se termina et qu’une belle amitié débuta.
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DESCRIPTION:« Jouons pour nous émerveiller »\nTrobades Albert Camus 2025\nMinorque\, Sant Lluís \ndu 9 au 11 mai 2025 \n  \nPrésentation : \nFace à l’explosion des extrêmes\, à la banalisation de la haine et du mensonge\, au déploiement de génocides et à l’émergence de catastrophes climatiques\, nous ne pouvons pas fermer les yeux. C’est pour cela qu’en 2024 nous avons tenté de « Repenser le monde »\, guidés par Camus\, comme nous le faisons depuis neuf ans déjà\, afin d’amener à une plus grande fraternité et forger patiemment une « utopie modeste »\, pour faire ce que Camus appelle notre « métier d’homme ». \nSuivant cette même voie\, pour l’édition 2025 des Trobades & Premis Mediterranis Albert Camus\, nous souhaitons penser et promouvoir la culture comme cet espace qui nous insuffle e la capacité d’inventer de nouveaux mondes mais cette fois sur le mode du ré-enchantement. \nAinsi\, tout en ne lâchant rien de la lucidité sur le monde\, il s’agirait de voir\, comprendre et percevoir de quelle façon notre quotidien peut devenir un terrain de jeu – dans tous les sens du terme. Le dialogue nous permettra d’explorer cette activité du jeu\, qui vise au bonheur\, mais qui\, fondé sur la possibilité du mouvement\, permet d’en créer de nouveaux\, de toutes sortes. Jouer donc à la fois pour le plaisir et pour la liberté d’offrir à la vie une plus grande extension\, d’élargir nos horizons intérieur et extérieur. \nAlors\, pour cette nouvelle édition des Trobades & Premis Mediterranis Albert Camus\, jouons ensemble\, afin de retrouver le souffle de l’enfance\, notre innocence\, le rire\, afin d’installer cet été invincible à l’intérieur de nous et entre nous\, en commençant par ces quelques jours à Minorque. Mettons en place des espaces de lumière : jouons avec les mots\, avec les sons\, avec les couleurs\, avec nos corps. Jouons\, en nous déployant à l’infini. \nJouons en acceptant le risque de gagner ou de perdre ; mais en sachant qu’à multiplier les « je » et imaginer des « nous »\, nous serons capables de trouver ce qui nous ressource\, de déchiffrer les limites des jeux de la vie en n’oubliant jamais de nous émerveiller face au monde. \nPour télécharger le programme\, cliquez ICI. \n  \nRetrouvez plus d’informations sur les Trobades 2025 en vous rendant sur le site officiel de l’événement : https://www.trobadescamus.com
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SUMMARY:Dialogue - « Quelle place pour l’écrivain dans la société ? (...) Le cas d’Albert Camus » - avec Eric Amis\, Guy Basset et Yahia Belaskri - Les Rencontres de la baie - Carantec
DESCRIPTION:Le mercredi 28 mai\, de 18h30 à 20h\, à la librairie Dialogues de Morlaix\, Eric Amis\, Guy Basset et Yahia Belaskri interrogeront les questions suivantes lors d’une rencontre organisée dans le cadre du Festival « Les Rencontres de la baie » : \n« Quelle place pour l’écrivain dans la société ? Quel engagement devant les soubresauts du monde ? L’œuvre devrait-elle être le reflet de l’engagement politique ? Le cas d’Albert Camus » \nPour accéder au programme complet du Festival\, cliquez ICI.
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